Mise à jour du 14 septembre 2026 — Estrie Aide révèle ce matin qu'il ne reste que 30 000 $ à rembourser. Au registre foncier, la charge du prêteur privé n'est toujours pas radiée. Ce billet devait paraître le 18 septembre; nous le publions aujourd'hui.
La réponse est venue — La directrice générale révèle ce matin à La Tribune que la dette atteignait 300 000 $ et qu'il n'en reste que 30 000 $ à rembourser.
Mais la charge est toujours inscrite — Au registre foncier consulté le 13 septembre, aucune quittance de l'hypothèque de 100 000 $ n'est publiée contre le lot 1 106 411.
Ce que ça change — Tant que la charge est là, la clause de non-aliénation de l'acte de janvier s'applique : l'immeuble ne peut être vendu sans l'accord du prêteur.
Le refinancement cautionné par la Ville n'a jamais existé — Onze mois après le vote du conseil municipal, aucune hypothèque de 250 000 $ au bénéfice de Desjardins n'apparaît au registre.
Onze employés de moins — L'organisme comptait une soixantaine de personnes. Ils sont maintenant 49.
Cinq administrateurs sur sept — Sont entrés en charge le 22 juin 2026. Le changement n'a été déclaré au registre des entreprises que le 3 septembre.
Neuf ans sans dette — Estrie Aide a acquis l'immeuble du 352-360 Wellington Sud en décembre 2016 pour 500 000 $. Aucune hypothèque n'y a été inscrite avant celle de janvier 2026.
L'organisme à but non lucratif Estrie Aide, pilier de l'économie sociale sherbrookoise, a hypothéqué un de ses immeubles en garantie d'un prêt privé de 100 000 $ à un taux d'intérêt de 16 %, consenti par un prêteur qui cumule 523 transactions au registre foncier du Québec, dont des dizaines de saisies immobilières. Le capital était exigible le 28 juillet 2026. Cette chronique, publiée le 13 mai et mise à jour le 4 août, est de nouveau mise à jour aujourd'hui.
Mise à jour — 14 septembre 2026
Dans une chronique publiée ce matin par La Tribune sous la signature de Karine Tremblay, Sandra Morin, directrice générale d'Estrie Aide depuis mars, raconte avoir ouvert les livres de l'organisme à son entrée en poste. La dette atteignait 300 000 $. Un prêt privé de 100 000 $ à 16 % avait été contracté. Elle dit que l'organisme était à deux doigts de fermer.
Elle indique s'être fixé comme objectif d'éponger la dette d'ici la fin de l'année. Six mois plus tard, elle révèle qu'il ne reste que 30 000 $ à rembourser.
C'est la première fois que l'organisme chiffre publiquement sa dette et l'état de son remboursement. Nous le prenons pour ce que c'est : une déclaration de la direction, faite à un média, sans états financiers à l'appui — comme l'étaient les déclarations de mars sur le déficit réduit de moitié, que les déclarations produites à l'Agence du revenu contredisaient.
Une précision s'impose sur les chiffres. Les 300 000 $ dont parle la directrice et le passif de 1 444 343 $ déclaré à l'ARC au 31 décembre 2025 ne mesurent pas la même chose : l'un désigne vraisemblablement la dette de redressement visée par son plan, l'autre l'ensemble des obligations de l'organisme. Nous les rapportons séparément et ne les additionnons pas.
Ce que le registre dit toujours
À la consultation du Bureau de la publicité foncière du 13 septembre 2026, l'index du lot 1 106 411 ne comporte aucune quittance de l'inscription 30 063 130. L'hypothèque consentie à Guy Larkin le 30 janvier demeure la dernière inscription publiée contre l'immeuble du 352-360 Wellington Sud.
Les deux affirmations ne se contredisent pas. Une dette peut être remboursée sans que la charge soit radiée : la quittance est un acte distinct, que le créancier signe et qu'un notaire publie. Tant que personne ne le fait, l'hypothèque reste inscrite.
Mais tant qu'elle l'est, trois clauses de l'acte de janvier continuent de s'appliquer.
Le plafond de garantie inscrit contre l'immeuble demeure de 130 000 $ — les 100 000 $ du prêt, plus une hypothèque additionnelle de 30 %.
Les loyers présents et futurs de l'immeuble demeurent hypothéqués.
Et surtout : en cas de vente ou d'aliénation, à titre onéreux ou gratuit, le remboursement devient immédiatement exigible, sauf entente écrite préalable avec le prêteur. Autrement dit, l'organisme ne peut pas disposer de cet immeuble sans l'accord de Guy Larkin — même une fois la dette payée.
Une réserve s'impose, et nous la nommons. L'index affiche une mise à jour des droits au 11 septembre 2026 à 14 h 37, mais une mise à jour des radiations arrêtée au 1er juin 2026 à 16 h 00. Une radiation inscrite depuis juin ne figurerait donc pas encore dans la colonne prévue à cette fin. Elle apparaîtrait en revanche comme une inscription distincte dans la liste, et cette liste est à jour à la veille de notre consultation.
Ce que le redressement a coûté
La directrice générale précise à La Tribune qu'elle n'a pas fait de coupures dans le personnel, mais que le taux de roulement élevé a permis de ne pas remplacer les départs, et que certains employés combinent plus d'une fonction. L'organisme comptait au départ une soixantaine de personnes. Ils sont maintenant 49.
Elle confirme aussi la suppression des dîners gratuits offerts aux travailleurs. Nous en avions fait état le 4 août, à partir d'informations portées à notre attention. Elle explique que ça lui arrachait le cœur, qu'on lui avait dit onze ans plus tôt à quel point ce repas quotidien était important, mais que l'organisme s'endettait tellement qu'il ne pouvait pas continuer.
Elle annonce enfin le rapatriement de toutes les activités au centre-ville et la fermeture de la boutique de Rock Forest à la fin du mois. Cela concorde avec l'annonce publique de l'organisme voulant que la boutique La Collection Collective s'installe au 345 rue Wellington Sud à compter du 20 septembre.
Nous corrigeons au passage une imprécision de notre texte du 4 août : le 352-360 Wellington Sud n'est pas le siège social de l'organisme. Le siège déclaré au registre des entreprises est au 345. Estrie Aide détient au moins trois immeubles à Sherbrooke — le 121 rue du Dépôt, acquis en avril 2005 pour 150 000 $, le 343-345 Wellington Sud et le 352-360.
Le conseil d'administration a changé
La directrice mentionne l'appui d'un conseil d'administration qui s'est renouvelé. Le registre des entreprises, consulté le 13 septembre 2026, permet de dater ce renouvellement.
Cinq des sept administrateurs actuels sont entrés en charge le 22 juin 2026 : le vice-président, la secrétaire et trois administrateurs. Seuls le président, en poste depuis le 30 octobre 2023, et le trésorier, depuis le 25 octobre 2025, les précèdent. Le conseil qui a autorisé le prêt le 21 janvier n'est donc plus celui d'aujourd'hui.
Ces changements n'ont été déclarés au registre que le 3 septembre 2026, par deux déclarations de mise à jour courante déposées le même jour — soit 73 jours après l'entrée en charge.
Une observation s'impose ici, et nous la présentons sans la trancher. Le registre des entreprises inscrit Clément Frappier comme président depuis le 30 octobre 2023 et ne mentionne pas M. Lalonde parmi les administrateurs déclarés. Radio-Canada le désignait pourtant explicitement, le 11 mars 2026, comme président du conseil d'administration. Une fonction exercée et une fonction déclarée ne se recoupent pas nécessairement, et le délai de 73 jours observé dans ce dossier montre que le registre peut accuser un retard sur la réalité d'un conseil. Nous rapportons les deux informations telles qu'elles apparaissent à leur source respective.
Le refinancement cautionné par la Ville n'a jamais existé
En octobre 2025, le conseil municipal de Sherbrooke acceptait de cautionner une hypothèque de 250 000 $ qu'Estrie Aide devait contracter chez Desjardins. Onze mois plus tard, aucune charge au bénéfice de Desjardins n'est inscrite contre le lot 1 106 411.
L'index est sans ambiguïté sur ce point. Entre l'acquisition de l'immeuble en décembre 2016 et janvier 2026, il ne comporte aucune hypothèque. Depuis janvier 2026, il n'en comporte qu'une : celle du prêteur privé.
Ce n'est donc pas un retard de quelques semaines. C'est un financement voté, cautionné par des fonds publics, et jamais matérialisé — pendant que l'organisme versait 1 333 $ par mois en intérêts seulement à un prêteur privé.
Mise à jour — 4 août 2026
Le prêt était exigible il y a sept jours. Au registre foncier du Québec, à la consultation du 4 août 2026 à 11 h 06, la fiche du lot 1 106 411 ne comporte aucune quittance de l'inscription 30 063 130, et aucune nouvelle inscription hypothécaire depuis le 30 janvier 2026. Le refinancement de 250 000 $ chez Desjardins, cautionné par la Ville en octobre 2025, ne s'est toujours pas matérialisé au registre.
Cela ne prouve rien. Une quittance n'est pas instantanée : le notaire instrumentant prépare l'acte, les parties le signent, la publication au Bureau de la publicité foncière suit. Des semaines s'écoulent couramment entre le paiement et l'inscription. Un prêt remboursé le 28 juillet pourrait très bien n'apparaître radié qu'en septembre.
Neuf ans sans dette, puis un prêteur privé
L'index des inscriptions du lot 1 106 411 raconte quelque chose que le seul acte d'hypothèque ne dit pas.
Le 19 décembre 2016, Estrie Aide achète l'immeuble de 9044-3334 Québec inc. pour 500 000 $. Entre cette vente et le 30 janvier 2026, aucune hypothèque n'est inscrite contre le lot. Rien. L'acte notarié de janvier 2026 le confirme d'ailleurs noir sur blanc : l'emprunteur y déclare que l'immeuble lui appartient en pleine propriété et est libre de toute priorité, hypothèque, servitude et charge quelconque — « SAUF ET EXCEPTÉ : nil ».
Autrement dit : pendant neuf ans, Estrie Aide a détenu cet immeuble libre de toute dette garantie. L'hypothèque consentie à Guy Larkin en janvier 2026 est la première inscrite depuis que l'organisme le possède.
Ce n'est pas un refinancement. C'est la mise en gage du dernier actif non grevé.
Ce que révèlent les déclarations à l'ARC
Estrie Aide est un organisme de bienfaisance enregistré (numéro 118790559RR0001, enregistré le 1er avril 1977, catégorie « organismes qui soulagent la pauvreté »). À ce titre, il doit produire chaque année une déclaration T3010 dont les données financières sont publiques. Les exercices 2024 et 2025 sont désormais accessibles.
En mars 2026, le président du conseil d'administration Mario Lalonde déclarait à Radio-Canada que le déficit avait été réduit de 50 % en 2025 et que l'objectif d'un retour à la rentabilité d'ici la fin de 2026 était atteint à 70 %. Les déclarations produites à l'ARC présentent une trajectoire inverse : un surplus en 2024, un déficit l'année suivante.
Une précision s'impose. Les points saillants du T3010 ne sont pas des états financiers vérifiés. Il est possible que M. Lalonde ait fait référence à un déficit d'exploitation avant amortissement, à un indicateur de gestion interne ou à des résultats préliminaires. L'écart entre la déclaration publique et la déclaration produite à l'Agence du revenu mérite néanmoins une explication de l'organisme.
Le ratio d'endettement s'est détérioré
Le passif total passe de 1 345 489 $ à 1 444 343 $, pendant que l'actif total recule de 2 204 631 $ à 1 957 629 $. L'actif net fond de 859 142 $ à 513 286 $, une baisse de 40,3 % en un exercice.
Un détail mérite d'être souligné : la ligne 4330 du formulaire, « autres éléments du passif », affiche 898 419 $ au 31 décembre 2025. Le T3010 ne ventile plus la dette hypothécaire séparément — il s'agit d'un poste global. Mais puisque le registre foncier confirme qu'aucune hypothèque ne grevait l'immeuble avant janvier 2026, cette dette n'était pas garantie par la brique. Marges de crédit, financement d'équipement, apports remboursables : l'organisme portait près de 900 000 $ de passif sans sûreté immobilière.
C'est probablement ce qui explique deux choses. Que Desjardins ait exigé un cautionnement municipal. Et qu'un prêteur privé à 16 % ait fini par apparaître dans le portrait.
Les dons s'effondrent, le magasin tient
Le commerce, lui, ne recule pas. Les revenus tirés de la vente de biens et de services passent de 3 331 806 $ à 3 498 666 $, une hausse de 5 %. Ce qui s'effondre, c'est la valeur des dons reçus donnant droit à un reçu fiscal. Cela correspond exactement à ce que le directeur général de l'époque, Michel Lesage, déplorait dans La Tribune en novembre 2024 : la qualité des dons en chute, le taux de rejet en hausse.
Le problème d'Estrie Aide n'est pas sa clientèle. C'est son approvisionnement.
Ce qui monte, ce qui descend
Deux lignes se répondent. La masse salariale recule de 475 574 $. Les honoraires de professionnels et de consultants augmentent de 161 383 $. Sur le même exercice, celui où les heures des employés permanents ont été réduites et où l'organisme est allé emprunter à 16 %.
Cette juxtaposition peut avoir une explication parfaitement légitime — mandats de redressement, honoraires juridiques ou comptables liés aux démarches de financement, expertise externe en restructuration. Elle n'en demande pas moins à être expliquée.
La part des dépenses consacrée à la gestion et à l'administration atteint 21,9 % en 2025, contre 17,5 % l'année précédente. Le secteur communautaire considère généralement qu'au-delà de 15 %, un examen s'impose.
Un dernier chiffre, celui qui étonne le plus. Au 31 décembre 2025, Estrie Aide déclarait 29 327 $ en comptes bancaires et 75 000 $ en placements à court terme. Un mois plus tard, l'organisme empruntait 100 000 $ à 16 % chez un prêteur privé. Il existe des explications possibles — dépôt en garantie, encaisse affectée, fonds réservé à une fin précise. Aucune n'est publique.
Un prêt à 16 %, intérêts seulement, sur six mois
C'est l'acte notarié publié au Bureau de la publicité foncière de Sherbrooke sous le numéro d'inscription 30 063 130, daté du 29 janvier 2026 et reçu par Me François Chouinard, notaire à Sherbrooke, qui documente l'opération.
L'acte identifie le prêteur : Guy Larkin, résidant au 5065 chemin Albert Mines, Canton de Hatley. L'emprunteur est Estrie Aide inc. (NEQ 1146498622), représentée par son directeur général de l'époque, Michel Lesage, autorisé par une résolution du conseil d'administration datée du 21 janvier 2026.
Les conditions sont inhabituelles pour un organisme communautaire. Le taux est fixé à 16 % l'an, calculé mensuellement. Les versements mensuels de 1 333,33 $ ne couvrent que les intérêts — aucun remboursement de capital n'est prévu pendant le terme. L'échéance est de six mois : du 28 février au 28 juillet 2026, moment où la totalité du capital devient exigible d'un seul bloc. Un retard de paiement entraîne une pénalité de 250 $ par occurrence. Les intérêts impayés portent eux-mêmes intérêt au taux de 16 %.
Il est courant dans l'industrie du prêt privé que des frais de mise en place — communément appelés frais d'origination ou « points » — soient facturés à l'emprunteur, généralement entre 2 % et 5 % du montant emprunté. L'acte prévoit que le prêteur est autorisé à retenir, à même le produit du prêt, les sommes nécessaires pour acquitter les frais et honoraires. Aucun frais d'origination en pourcentage n'y est toutefois explicitement mentionné, et les sources publiques ne permettent pas de déterminer si de tels frais ont été facturés dans le cadre d'une entente parallèle.
Le coût documenté du prêt s'établit donc à au moins 8 000 $ en intérêts sur six mois, auxquels s'ajoutent les frais notariés et de publicité foncière, estimés entre 2 000 $ et 3 500 $, pour un total d'environ 11 000 $ — afin d'emprunter une somme nette d'environ 97 000 $ pendant six mois.
L'immeuble hypothéqué — le lot 1 106 411 au cadastre du Québec, soit le 352-360 rue Wellington Sud à Sherbrooke — abrite la friperie, le centre de dons, les programmes d'insertion professionnelle et les services communautaires.
Ce que l'acte prévoit vraiment
Trois clauses de l'acte notarié méritent d'être lues attentivement, parce qu'elles déterminent ce qui arriverait au 352-360 Wellington Sud en cas de défaut.
L'hypothèque additionnelle de 30 %. Au-delà de la garantie principale de 100 000 $, l'acte crée une hypothèque additionnelle équivalant à 30 % du montant originaire du prêt, destinée à couvrir les intérêts échus au-delà de trois ans, les intérêts sur intérêts et les sommes déboursées par le prêteur pour protéger sa créance. Le plafond de garantie inscrit contre l'immeuble atteint donc 130 000 $ — étant entendu qu'un plafond de garantie n'est jamais un montant déboursé.
L'hypothèque des loyers. Tous les loyers présents et futurs provenant de la location de l'immeuble sont hypothéqués. En cas de défaut, le prêteur peut les percevoir directement en signifiant l'hypothèque aux locataires, renouveler les baux ou en consentir de nouveaux au nom de l'emprunteur, et se payer une commission de 5 % des revenus bruts à titre de frais d'administration.
La clause de non-aliénation. En cas de vente ou d'aliénation de l'immeuble, à titre onéreux ou gratuit, le remboursement du prêt devient immédiatement exigible, sauf entente écrite préalable avec le prêteur. Estrie Aide ne peut donc pas vendre cet immeuble sans l'accord de Guy Larkin.
Qui est Guy Larkin
Guy Larkin n'est pas un particulier qui dépanne un organisme en difficulté. Une analyse des données publiques du registre foncier du Québec révèle que son nom apparaît dans 523 transactions. Un échantillon de 258 de ces actes, consultables au registre foncier, dresse un portrait sans ambiguïté.
Sur ces 258 transactions : 148 sont des hypothèques — des prêts garantis par des immeubles, principalement en Estrie. On y trouve également 23 préavis d'exercice de prise en paiement — la procédure formelle déclenchée lorsqu'un emprunteur fait défaut et que le créancier amorce la saisie de l'immeuble — ainsi que 7 jugements en délaissement confirmant la prise de possession. Les 48 ventes inscrites au registre suggèrent la revente de propriétés acquises par ce mécanisme.
Le volume total des transactions dont le montant est disponible dépasse 23,5 millions de dollars. Le prêt moyen se situe à 337 000 $, la médiane à 125 000 $, et le plus important atteint 4,2 millions. Le rythme est soutenu : entre 30 et 40 transactions par année depuis 2018.
Son territoire d'opération est concentré en Estrie : Sherbrooke (112 transactions), Stanstead (54), Frontenac (44), Compton (17) et Richmond (11). Son notaire le plus fréquent : Me François Chouinard — le même qui a rédigé l'acte hypothécaire d'Estrie Aide. Au moins 30 de leurs transactions communes sont documentées au registre foncier.
Par ailleurs, Guy Larkin a été conseiller municipal au Canton de Hatley pendant plus de dix ans, au minimum de 2005 à 2017. Il a notamment été désigné maire substitut aux séances du conseil de la MRC de Memphrémagog en 2006, selon le bulletin municipal de la municipalité. Son activité de prêteur privé, telle que documentée au registre foncier, est distincte de ses fonctions municipales passées.
Chronologie
21 janvier 2026 — Le conseil d'administration d'Estrie Aide adopte une résolution autorisant le prêt. Cette résolution est annexée à l'acte notarié.
28 janvier 2026 — Michel Lesage signe l'acte d'hypothèque au nom d'Estrie Aide chez Me Chouinard.
30 janvier 2026 — L'acte est présenté au Bureau de la publicité foncière de Sherbrooke à 10 h 07.
Janvier 2026 — Radio-Canada apprend l'existence du prêt de 100 000 $ à un taux de 16 %.
11 mars 2026 — Le président du conseil d'administration explique à Radio-Canada que le prêt devait donner une marge financière jusqu'à l'obtention d'un prêt plus avantageux.
27 mars 2026 — Départ officiel de Michel Lesage. Le président du CA, Mario Lalonde, déclare à Radio-Canada qu'il va relever de nouveaux défis professionnels. Lesage, alors en vacances, n'accorde pas d'entrevue. Le même jour, Sandra Morin est confirmée comme nouvelle directrice générale. Elle déclare sur les ondes du 107,7 Estrie que l'organisme était déjà sous sa gestion à environ 80 % avant le départ de Lesage.
22 juin 2026 — Cinq des sept administrateurs actuels entrent en charge.
28 juillet 2026 — Échéance du prêt. Le capital de 100 000 $ devient exigible.
4 août 2026 — Consultation du registre foncier : aucune quittance, aucune nouvelle inscription.
6 août 2026 — L'organisme annonce publiquement le remboursement du prêt.
3 septembre 2026 — Les changements au conseil d'administration sont déclarés au registre des entreprises.
13 septembre 2026 — Nouvelle consultation du registre foncier : toujours aucune quittance.
14 septembre 2026 — La directrice générale révèle à La Tribune qu'il ne reste que 30 000 $ à rembourser sur une dette de 300 000 $.
20 septembre 2026 — La boutique La Collection Collective s'installe au 345 Wellington Sud; la boutique de Rock Forest ferme à la fin du mois.
Aucune source publique ne permet d'établir un lien de causalité entre la signature du prêt et le départ du directeur général. Leur proximité dans le temps — huit semaines — est toutefois documentée. Michel Lesage était arrivé en poste en novembre 2021. Il venait du secteur manufacturier. En février 2024, il inaugurait une nouvelle ligne de tri financée avec l'aide d'Investissement Québec. En novembre 2024, il déplorait dans La Tribune la baisse de qualité des dons et la première diminution des ventes en cinq ans.
Des conditions de travail réduites pendant la même période
Selon des informations portées à l'attention de MCH.WTF, les conditions de travail des employés permanents d'Estrie Aide ont été modifiées au cours de la même période de difficultés financières. La semaine de travail serait passée de 40 à 37,5 heures — une réduction de 6,25 % du salaire de base. Les repas fournis aux employés auraient été supprimés, de même que d'autres avantages directs et indirects accordés à l'ensemble du personnel permanent. La suppression des repas a depuis été confirmée publiquement par la direction.
La réduction entraîne un effet collatéral. En vertu de la Loi sur les normes du travail du Québec, la majoration pour heures supplémentaires ne s'applique qu'au-delà de 40 heures par semaine. L'employeur dispose donc d'une marge de 2,5 heures par employé par semaine où du travail additionnel peut être demandé au taux régulier, sans majoration.
Ces compressions touchent un personnel dont une partie importante est composée de personnes en parcours d'insertion professionnelle. La déclaration T3010 de l'exercice 2025 fait état de 57 employés à temps plein et 6 à temps partiel, dont 10 postes à temps plein seulement sont rémunérés au-delà de 40 000 $ par année.
Pendant la même période, Estrie Aide versait 1 333 $ par mois en intérêts seulement au prêteur privé, soit environ 16 000 $ sur une base annualisée — un montant comparable à la subvention annuelle que la Ville de Sherbrooke accorde à l'organisme.
Le filet de sécurité municipal
La Ville de Sherbrooke est impliquée financièrement dans le dossier Estrie Aide à plus d'un titre.
En octobre 2025, le conseil municipal avait accepté d'offrir un cautionnement pour une hypothèque de 250 000 $ qu'Estrie Aide souhaitait obtenir chez Desjardins. La coopérative financière exigeait cette garantie parce que l'organisme est situé sur un terrain contaminé. En cas de défaut de paiement, c'est la Ville — et donc les contribuables sherbrookois — qui assume la responsabilité.
La conseillère Hélène Dauphinais avait voté contre, enregistrant sa dissidence au procès-verbal. Elle avait déclaré que la situation financière s'empirait d'année en année pendant que la Ville continuait d'injecter des fonds, et que l'exercice de redressement annoncé n'avait rien redressé au cours des deux dernières années.
Onze mois plus tard, ce refinancement de 250 000 $ n'apparaît toujours pas au registre foncier.
En 2026, la Ville accorde à Estrie Aide une subvention de plus de 16 000 $, auxquels s'ajoutent 30 000 $ en vertu de la convention de gestion des matières résiduelles 2025-2026. Les déclarations à l'ARC indiquent par ailleurs que les revenus provenant de gouvernements municipaux ou régionaux sont passés de 14 304 $ en 2024 à 46 958 $ en 2025.
Ce qui reste ouvert
La question que nous posions le 4 août — le prêt a-t-il été remboursé? — a maintenant une réponse publique. Il en reste trois.
La quittance. Tant que l'inscription 30 063 130 n'est pas radiée, la charge et ses clauses continuent de s'appliquer à un immeuble évalué à 898 800 $ au rôle 2025, dont 676 600 $ pour le seul terrain de 3 759 m².
Le refinancement de 250 000 $. Abandonné, reporté, ou remplacé? Le cautionnement municipal tient-il toujours?
Les chiffres. Les déclarations produites à l'Agence du revenu pour l'exercice 2026 permettront de comparer le redressement annoncé aux états déposés. C'est ce même exercice qui, l'an dernier, a contredit les déclarations publiques de mars.
L'immeuble du 352-360 Wellington Sud n'est pas qu'un actif financier. C'est le lieu où des centaines de milliers de clients par année accèdent à des biens à prix modique. C'est le lieu où des dizaines de personnes en difficulté retrouvent un parcours d'emploi. C'est le lieu où 30 familles par semaine, selon la direction, reçoivent une aide directe.
Cette chronique sera mise à jour dès qu'une inscription paraîtra au registre foncier ou qu'une des parties fournira une réponse.
Note de la rédaction
Ce billet devait paraître le 18 septembre. La parution de la chronique de La Tribune ce matin nous a conduits à le publier aujourd'hui, sans attendre.
Les chiffres attribués à la direction d'Estrie Aide — dette de 300 000 $, solde de 30 000 $, effectif passé d'une soixantaine à 49 personnes, fermeture de la boutique de Rock Forest — proviennent de la chronique de Karine Tremblay publiée par La Tribune le 14 septembre 2026. Ce sont des déclarations de la direction, non des états financiers vérifiés.
Madame Sandra Morin, directrice générale d'Estrie Aide, a informé MCH.WTF lors d'un échange sur Messenger que la réduction d'horaire des employés n'est pas de 5 h/semaine mais de 2,5 h/semaine, pour un total de 37,5 h. Le texte a été corrigé en conséquence le 4 août 2026.
Nous n'avons pas sollicité l'organisme avant la présente mise à jour. C'est une limite et nous la nommons.
Droit de réplique. Toute personne ou organisation mentionnée dans ce billet qui souhaite préciser, corriger ou contredire un élément peut nous écrire. Nous publierons.
Sources
[1] La Tribune — « J'ai ouvert les livres d'Estrie Aide et j'ai eu le vertige », chronique de Karine Tremblay — 14 septembre 2026
[2] Bureau de la publicité foncière du Québec, circonscription foncière de Sherbrooke — acte d'hypothèque, inscription 30 063 130, présenté le 30 janvier 2026 à 10 h 07, minute 14 402 de Me François Chouinard, notaire.
[3] Bureau de la publicité foncière du Québec — index des immeubles du lot 1 106 411, consulté le 13 septembre 2026. Mise à jour des droits : 11 septembre 2026, 14 h 37. Mise à jour des radiations : 1er juin 2026, 16 h 00. Inscription 22 810 313, vente du 19 décembre 2016.
[4] Bureau de la publicité foncière du Québec — index des immeubles du lot 1 106 411, consulté le 4 août 2026 à 11 h 06.
[5] Registraire des entreprises du Québec — état de renseignements d'une personne morale, ESTRIE-AIDE INC., NEQ 1146498622, consulté le 13 septembre 2026.
[6] Agence du revenu du Canada, Liste des organismes de bienfaisance — ESTRIE-AIDE INC., numéro d'enregistrement 118790559RR0001. Déclarations T3010, annexe 6, exercices se terminant le 31 décembre 2024 et le 31 décembre 2025.
[7] Registre foncier du Québec — données de transactions au nom de Guy Larkin.
[8] Radio-Canada — « Estrie Aide traverse une période de turbulences », 11 mars 2026.
[9] La Tribune — 27 novembre 2024.
[10] 107,7 Estrie — 27 mars 2026.
[11] Investissement Québec — communiqué du 27 février 2024.
[12] Ville de Sherbrooke — procès-verbal du conseil municipal, octobre 2025.
[13] Rôle d'évaluation foncière de la Ville de Sherbrooke — matricule 9629-24-1444, rôle 2025.
