- Une série de six semaines — chaque samedi, mch.wtf décortique un fiasco de dépenses publiques canadien : chiffres réels, échéanciers, et surtout les responsables identifiés.
- Quatre paliers au banc des accusés — fédéral, provincial, société d'État et legs municipal : personne n'a le monopole du gaspillage, chaque palier a son champion.
- Une métrique commune — le multiplicateur : coût annoncé au départ contre facture réelle. Du x1,5 du F-35 au x18 de Phénix.
- Plus de 45 milliards $ de dérapages cumulés — les six dossiers de la série représentent des dizaines de milliards d'écart entre la promesse et la réalité.
- L'objectif : nommer — pas de « erreurs ont été commises » au passif. Chaque billet identifie qui a décidé, qui savait, et qui a regardé ailleurs.
Il y a un genre littéraire bien canadien : le rapport de vérificateur général. On y trouve toujours les mêmes phrases — « données obsolètes », « non-respect flagrant des pratiques élémentaires », « impossible de déterminer le coût réel ». Ce qui change, c'est le nombre de zéros. Cet été, mch.wtf lance un palmarès en six épisodes des dépenses publiques qui ont déraillé, du chasseur furtif au toit de stade, en passant par les systèmes informatiques qui ne paient personne et les applications à 60 millions. Pas pour le plaisir de s'indigner : pour comparer les paliers de gouvernement dans leur discipline commune, et mettre des noms sur les décisions.
La règle du jeu
Chaque billet de la série suit la même grille. D'abord les chiffres : ce qui a été annoncé, ce qui a été dépensé, ce qui reste à payer — sources officielles seulement, rapports de vérificateurs généraux, du directeur parlementaire du budget et commissions d'enquête. Ensuite l'anatomie du dérapage : à quel moment précis le projet a basculé, et quels signaux ont été ignorés. Enfin, la partie que les communiqués gouvernementaux évitent soigneusement : qui. Quel ministre a signé, quel dirigeant a caché l'information, quel gouvernement a été averti et a procédé quand même. Quand un rapport d'enquête conclut qu'une société d'État a « sciemment trompé » les élus, on va nommer la société d'État — et ceux qui la dirigeaient.
Le palmarès en un graphique
La métrique commune de la série, c'est le multiplicateur : combien de fois le coût annoncé au départ la facture réelle a-t-elle atteint. Voici la bande-annonce.
19→27,7 G$
458 M→1,1 G$
Mountain
7,4→34 G$
olympique
134 M→1,6 G$
274 M→5,1 G$
d'armes
(par arme)
Le programme des six semaines
Semaine 1 — Le F-35 (fédéral). Vingt-neuf ans d'histoire, 1,2 milliard sorti, 8 milliards verrouillés par contrat, zéro avion en sol canadien — et un gouvernement qui n'arrive toujours pas à décider s'il achète la flotte complète. Le doyen de la série.
Semaine 2 — SAAQclic (provincial). Le virage numérique de la SAAQ : un contrat de 458 millions rendu à 1,1 milliard, et un commissaire d'enquête qui conclut que la société d'État a menti sciemment aux élus pendant des années. Le fiasco québécois de la décennie, avec des noms plein le rapport Gallant.
Semaine 3 — Phénix (fédéral). Le système de paye qui devait économiser 70 millions par année et qui en a coûté 5 100. Dix ans plus tard, des fonctionnaires attendent encore d'être payés correctement — et Ottawa rejoue la même partition avec son remplaçant.
Semaine 4 — Le rachat d'armes (fédéral). Un programme où chaque arme récupérée coûte environ 24 000 $ aux contribuables pour une indemnité moyenne de 1 200 $ au propriétaire. Quand les frais de gestion mangent le double des indemnités, ce n'est plus une politique publique, c'est une pyramide administrative.
Semaine 5 — Trans Mountain (fédéral). Ottawa achète un pipeline 4,5 milliards pour le sauver, promet une construction à 7,4 milliards, et livre une facture finale d'environ 34 milliards. Le plus gros chèque de la série.
Semaine 6 — Le Stade olympique (Québec/Montréal). Le classique patrimonial : un stade annoncé à 134 millions en 1976, payé 1,6 milliard sur 30 ans — et dont le nouveau toit, à lui seul, coûte 870 millions. La preuve que certains fiascos sont des abonnements.
Pourquoi cette série
Parce que la comparaison est le seul antidote au cynisme paresseux. Dire « tous pareils » ne coûte rien et n'apprend rien. Mesurer, dater et nommer, c'est autre chose : ça permet de voir que certains dérapages viennent de l'urgence, d'autres du mensonge organisé, d'autres encore de l'entêtement politique pur. Ce n'est pas la même faute, et ce ne sont pas les mêmes coupables. Rendez-vous samedi prochain pour l'épisode 1.
Sources
[1] Bureau du vérificateur général du Canada — rapports F-35 (2025), ArriveCAN (2024), modernisation de la paye (2026)
[2] Commission Gallant — rapport d'enquête sur SAAQclic — février 2026
[3] Radio-Canada — « Fiasco du système de paye Phénix : 10 ans d'erreurs et de leçons » — février 2026
[4] National Post (analyse Tristin Hopper) — coûts du programme de rachat d'armes — mars 2026
[5] Directeur parlementaire du budget — analyses F-35 et Trans Mountain
[6] La Presse — « Grogne contre le programme fédéral de rachat » — mars 2026
