Logement : premier enjeu vécu, troisième enjeu déclaré
← Retour

Logement : premier enjeu vécu, troisième enjeu déclaré

  • 3e enjeu déclaré, 1er enjeu vécu — Le logement abordable pèse 11 à 14 % des priorités des Québécois, loin derrière la santé (25-27 %) et le coût de la vie (16-22 %), alors que la pénurie touche directement les locataires.
  • Course serrée à 4 mois du scrutin — Sondage Léger-Québecor du 12-15 juin : PQ 30 %, PLQ 27 %, CAQ 21 %, PCQ 13 %, QS 8 % chez les décidés. La satisfaction envers le gouvernement Fréchette chute de 47 % à 38 % en un mois.
  • L'Estrie sous pression — Taux d'inoccupation à 2,7 % (sous le seuil d'équilibre de 3 %), loyers en hausse de 9,3 % en un an et de 60,5 % depuis 2018 à Sherbrooke.
  • Un siège de plus dans la région — La carte à 127 circonscriptions, en vigueur le 15 juillet 2026, ajoute la circonscription de Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie en Estrie–Centre-du-Québec, dont l'électorat a crû deux fois plus vite que la moyenne provinciale.
  • L'angle mort sherbrookois — Aucun parti n'a fait du logement régional un axe de campagne distinct : les plans existent à l'échelle nationale, pas pour Sherbrooke.

À quatre mois du scrutin du 5 octobre, la campagne québécoise se joue sur la santé, le coût de la vie et, en filigrane, la souveraineté. Le logement, lui, occupe une place étrange : tout le monde en subit les effets, mais il glisse au troisième rang des préoccupations déclarées. Cette déconnexion entre le vécu et le déclaré n'est pas anodine — elle explique pourquoi les plans d'habitation des partis restent abstraits et nationaux, alors que la crise se vit rue par rue. À Sherbrooke, où les loyers ont bondi de plus de 60 % depuis 2018, la question mérite qu'on regarde les chiffres de près.

Un enjeu sous-coté dans les sondages

Quand on demande aux Québécois de nommer leur priorité pour le prochain gouvernement, le logement arrive loin derrière deux mastodontes. Dans le sondage Léger-Québecor de fin février, la santé domine à 25 %, suivie du coût de la vie à 16 %, puis du logement abordable à 11 %. Le coup de sonde de Liaison Strategies fin avril confirme la hiérarchie : santé 27 %, coût de la vie et inflation 22 %, logement 14 %.

Le logement reste donc un solide troisième, mais un troisième distant. Ce classement crée un paradoxe : c'est l'un des rares enjeux que pratiquement chaque électeur touche directement — par son loyer, son hypothèque ou la recherche d'un toit pour un proche — sans qu'il ne se traduise par une priorité électorale de premier plan. Le coût de la vie capte une partie de cette pression, le logement étant souvent le poste de dépense qui explose le plus.

Priorité déclarée pour le prochain gouvernement (%)
Santé 25 % 27 % Coût de la vie 16 % 22 % Logement 11 % 14 % Léger-Québecor (fév.-mars 2026) Liaison Strategies (avr. 2026)
Sources : Sondage Léger-Québecor; Liaison Strategies.

Pendant ce temps, à Sherbrooke

Le marché locatif estrien s'est légèrement détendu en 2025, mais « détente » ne veut pas dire « équilibre ». Selon la SCHL, le taux d'inoccupation à Sherbrooke est remonté autour de 2,7 % à l'automne 2025 — un mieux par rapport au creux de 0,9 % de 2021-2022, mais toujours sous le seuil de 3 % considéré comme équilibré. Et la hausse de l'offre n'a pas freiné les loyers : ils ont grimpé de 9,3 % en un an. Depuis le début de la pénurie en 2018, la facture locative sherbrookoise a bondi de 60,5 %.

Derrière les pourcentages, des ménages. La Société d'habitation du Québec comptait 79 ménages locataires activement accompagnés dans leur recherche d'un logement en Estrie au 30 juin 2025, contre 62 un an plus tôt. C'est ça, l'enjeu vécu : un taux d'inoccupation qui s'améliore sur papier pendant que le nombre de personnes sans logis grimpe.

Sherbrooke — le logement en chiffres
2,7 %
Taux d'inoccupation (automne 2025). Seuil d'équilibre : 3 %.
+9,3 %
Hausse du loyer moyen en un an (oct. 2024 → oct. 2025).
+60,5 %
Hausse des loyers depuis le début de la pénurie en 2018.
79
Ménages locataires accompagnés en Estrie (30 juin 2025) ; 62 en 2024.
Sources : SCHL, Rapport sur le marché locatif 2025; Société d'habitation du Québec.

Une course serrée, un angle mort régional

Le contexte politique donne pourtant aux régions un poids inhabituel. À quatre mois du vote, la course est ouverte : le Parti Québécois mène à 30 % chez les décidés, talonné par le Parti libéral à 27 %, devant une CAQ à 21 % et un Parti conservateur à 13 %, Québec solidaire fermant la marche à 8 %. Moins d'un électeur décidé sur deux (47 %) dit que son choix est définitif. Et la satisfaction envers le gouvernement Fréchette a fondu de 47 % à 38 % en un seul mois.

Intentions de vote, électeurs décidés (12-15 juin 2026)
30 % PQ 27 % PLQ 21 % CAQ 13 % PCQ 8 % QS
Source : Sondage Léger-Québecor, 12-15 juin 2026 (1 014 répondants, marge ± 3,08 %).

Dans cette équation, l'Estrie compte un peu plus. La nouvelle carte électorale — adoptée le 12 juin et en vigueur le 15 juillet 2026 — fait passer l'Assemblée nationale de 125 à 127 sièges. L'objectif premier de la loi était d'éviter la disparition de circonscriptions en Gaspésie et dans l'est de Montréal. Mais la région Estrie–Centre-du-Québec, dont le nombre d'électeurs a augmenté de 8,8 % entre 2013 et 2024 (contre 4,8 % ailleurs au Québec), y gagne une circonscription : Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie, au nord de Drummondville. À Sherbrooke même, l'arrondissement de Brompton bascule de Saint-François vers Richmond.

Plus de sièges, une croissance démographique réelle, une pénurie qui dure : sur le papier, tous les ingrédients sont là pour que le logement régional devienne un enjeu de campagne. Dans les faits, aucun candidat ou parti n'a présenté de plan d'habitation taillé pour Sherbrooke. Les propositions existent — mais elles sont nationales, et restent à traduire en mesures concrètes pour une ville où le loyer a grimpé de 60 % en sept ans.

Qui parle de logement? Les positions des partis

Chaque formation aborde l'habitation sous un angle différent. Voici, de façon factuelle, où elles se situent à l'aube de la campagne.

Parti Québécois. Le PQ, mené par Paul St-Pierre Plamondon, mise sur la réduction des coûts de construction : allègement réglementaire, harmonisation du Code du bâtiment à l'échelle du Québec et appels d'offres fondés sur les besoins. Sa porte-parole en habitation, Catherine Gentilcore, défend aussi un retour au logement social et coopératif et plus de pouvoirs aux régions. Le parti se distingue en liant l'enjeu à la demande, c'est-à-dire aux seuils d'immigration.

Québec solidaire. QS, dont Ruba Ghazal est co-porte-parole, a fait de son Plan Habitation la pierre angulaire de sa campagne. La formation insiste sur le logement social et hors marché, le renforcement des droits des locataires et un contrôle réel des loyers, incluant un registre. Elle a notamment proposé d'anonymiser les dossiers des locataires non fautifs au Tribunal administratif du logement.

Parti libéral du Québec. Le PLQ de Charles Milliard a dévoilé sa plateforme plus tôt dans l'année et met l'accent sur l'augmentation de l'offre et le soutien aux premiers acheteurs. Sa commission politique, présidée par André Pratte, a piloté l'élaboration du programme en vue d'octobre.

Coalition avenir Québec. Au pouvoir, le gouvernement de Christine Fréchette défend son bilan et ses programmes existants, dont le Programme d'habitation abordable Québec, tout en faisant valoir que la clé demeure l'augmentation de l'offre. Ses adversaires lui reprochent un manque de constance dans les programmes de logement.

Parti conservateur du Québec. Le PCQ d'Éric Duhaime privilégie une approche axée sur la déréglementation et l'offre privée, et place le coût de la vie au cœur de son message. Il a par ailleurs été la seule formation à s'opposer à l'élargissement de la carte à 127 sièges.

Cinq partis, cinq diagnostics. Reste l'écart entre ces visions nationales et le quotidien d'une locataire sherbrookoise qui cherche un quatre et demie abordable. C'est cet écart, plus que les sondages, qui se vit au ras du sol — et que la campagne, jusqu'ici, peine à nommer.

Sources

[1] Léger-Québecor — « Intentions de vote au Québec : le PQ reste en tête, mais rien n'est encore joué » — 12-15 juin 2026
[2] Léger-Québecor — « Politique québécoise : volonté de changement » (priorités) — fév.-mars 2026
[3] Liaison Strategies — « Québec : le PQ et les libéraux sont coude à coude » — 26-27 avril 2026
[4] SCHL — Rapport sur le marché locatif 2025 (compilation FRAPRU) — décembre 2025
[5] La Tribune / Société d'habitation du Québec — « De nombreux ménages toujours sans logement à Sherbrooke » — juillet 2025
[6] Élections Québec / La Tribune / Le Devoir — Nouvelle carte électorale 2026 (loi 125→127 sièges) — janvier et juin 2026
[7] Parti Québécois, Québec solidaire, Parti libéral du Québec — communiqués et plateformes habitation 2026


Un sujet à creuser ?

Commentaires et infolettre

Commentaires

MCH.WTF connaîtra votre identité réelle (numéro de cellulaire) même si vous utilisez un pseudonyme. Les commentaires sous pseudonyme ne seront publiés que s'ils reposent sur des sources vérifiables. Tous les commentaires sont modérés avant publication. Un délai de 5 minutes est requis entre chaque commentaire, avec un maximum de 3 commentaires par 24 heures.

Pour commenter, vérifiez votre identité par cellulaire.

Afficher mon vrai nom publiquement

Désactivé = utilisé comme pseudonyme

Aucun commentaire pour le moment.

Restez informé

Recevez nos analyses directement dans votre boîte courriel.

Fréquence
Thématiques