Nooran Rezayi : onze adolescents accusés, les policiers toujours anonymes
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Nooran Rezayi : onze adolescents accusés, les policiers toujours anonymes

  • Onze adolescents accusés — le plus jeune avait 13 ans au moment des faits, 5 arrêtés par mandat, 6 par sommation.
  • Les policiers restent anonymes — 9 mois après l'intervention fatale, le DPCP n'a toujours pas statué sur d'éventuelles accusations contre eux.
  • Un appel au 911 de 11 minutes — une arme à feu y est mentionnée à au moins quatre reprises avant l'arrivée des policiers.
  • Aucune arme à feu retrouvée — seule celle du policier était sur les lieux, selon le BEI.
  • 58 secondes — le délai entre l'arrivée de la première auto-patrouille et les coups de feu.

Onze adolescents font maintenant face à des accusations criminelles dans le dossier Nooran Rezayi, l'ado de 15 ans abattu par un policier de Longueuil en septembre dernier. L'appareil judiciaire s'est déplacé vite et de façon détaillée pour eux — âges, lieux de perquisition, chefs d'accusation, tout est public. Du côté des policiers, silence complet : identité protégée, DPCP toujours en attente. Entre les deux, un appel au 911 de 11 minutes qui n'a jamais fait autant les manchettes que la vidéo de 19 secondes précédant l'intervention.

Onze noms qu'on ne connaîtra jamais, un nom qu'on ne connaît toujours pas

Le Service de police de la Ville de Montréal a confirmé que 11 adolescents font face à des accusations variées — complot d'enlèvement, complot de séquestration, port d'un déguisement dans un dessein criminel, possession d'armes dans un dessein dangereux, attroupement illégal. Cinq ont été arrêtés en vertu d'un mandat, six accusés par voie de sommation. Le plus jeune avait 13 ans au moment des faits.

La Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents est censée protéger l'identité des mineurs. Dans les faits, le public sait déjà leur âge, les municipalités où les perquisitions ont eu lieu, et la nature précise des chefs retenus contre eux.

Pendant ce temps, l'identité du policier qui a tiré n'a jamais été rendue publique. Le rapport du Bureau des enquêtes indépendantes a été transmis au DPCP en mars — un comité de trois procureurs l'étudie toujours, en attente de deux rapports d'expertise, neuf mois après les événements. Aucun échéancier n'a été communiqué.

DEUX ENQUÊTES, DEUX VITESSES VOLET ADOLESCENTS (SPVM) 11 accusés — identités, âges, lieux et chefs déjà publics Réglé Conférence de presse tenue VOLET POLICIER (BEI) Rapport transmis au DPCP en mars — analyse en cours En attente 2 rapports d'expertise manquants

Source : SPVM, DPCP — juin 2026

Ce que montre la vidéo, ce que dit l'enquête

La vidéo rendue publique par la famille montre Nooran Rezayi assis sur le trottoir avec cinq autres jeunes, cellulaire en main, dans les instants précédant l'arrivée policière. L'enquête du SPVM, elle, décrit un projet d'enlèvement et d'agression lié à un conflit de gangs, avec poivre de Cayenne et bâton télescopique en preuve alléguée. Les deux images ne se contredisent pas nécessairement — un projet peut exister sans que l'instant filmé le montre — mais l'écart entre le calme apparent de la vidéo et la gravité des chefs déposés mérite d'être nommé plutôt que lissé dans un sens ou dans l'autre.

L'appel au 911 : onze minutes qui changent la lecture

Ce que les policiers savaient avant d'arriver n'apparaît dans aucune des deux enquêtes publiques jusqu'ici — mais Radio-Canada a consulté les notes transmises aux véhicules de patrouille. Le portrait est plus chargé que ce que laisse voir la vidéo.

CHRONOLOGIE DE L'APPEL AU 911 14h47 — Appel initial Groupe de 15-20 masqués, bâtons, arme signalée 14h50 — Précision Arme décrite comme possible arme à plomb 14h53 — Confirmation Bâtons de baseball et poivre de Cayenne vus 14h54 — Fusil aperçu Manche d'un fusil sortant d'un sac à dos noir 14h55 — Description Porteur : capuchon, gants et masque noirs 14h57 — Arrivée policière Première auto-patrouille sur les lieux 14h58 — Coups de feu 58 secondes après l'arrivée · Nooran Rezayi atteint Selon le BEI : la seule arme à feu retrouvée sur les lieux était celle du policier.

Source : notes 911 consultées par Radio-Canada — [1]

La mention d'une arme à feu revient au moins quatre fois dans les notes transmises aux policiers. C'est le contrepoint direct à la vidéo : les deux images sont vraies en même temps, l'information reçue par les patrouilleurs et le calme apparent des 19 secondes précédant leur arrivée. Ça n'excuse ni ne justifie l'intervention — mais ça complexifie le narratif simple qui circule depuis septembre. L'écart le plus frappant reste celui-ci : une arme signalée quatre fois au 911, et aucune arme à feu retrouvée sur les lieux, sinon celle du policier.

Le calendrier des accusations pose une question

Les accusations contre les 11 adolescents sont sorties publiquement avant que le DPCP tranche sur le sort des policiers. Le SPVM insiste que les deux enquêtes sont distinctes en droit — c'est vrai. Mais dans l'espace public, la séquence produit un effet : le narratif « les jeunes étaient dangereux » s'installe avant même que le volet policier soit jugé sur ses propres mérites. Neuf mois séparent l'intervention du dépôt d'accusations contre les ados ; le DPCP, lui, attend toujours deux rapports d'expertise avant de statuer sur les policiers.

La famille de Nooran Rezayi poursuit le Service de police de l'agglomération de Longueuil pour plus de 2 millions de dollars et cherche encore à connaître l'identité des policiers impliqués. Son avocat estime que les accusations contre les adolescents ne répondent pas à la question de fond : pourquoi a-t-on tiré sur un jeune assis sur un trottoir, cellulaire en main, quelques secondes avant l'arrivée des patrouilleurs.

Simon Perras est chroniqueur indépendant sur mch.wtf et fondateur de MCH Hypothécaire.

Sources

[1] Radio-Canada — "Nooran Rezayi : la présence d'une arme à feu mentionnée à au moins quatre reprises au 911"
[2] La Presse Canadienne (via Le Guide/L'Actualité/Journal Métro) — "Mort de Nooran Rezayi: 11 jeunes font l'objet d'accusations criminelles" — 30 juin 2026
[3] Journal de Montréal — déclarations de Me Fernando Belton, avocat de la famille


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