Pourquoi ton épicerie a explosé depuis 2020 — et le seul levier qui change vraiment quelque chose
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Pourquoi ton épicerie a explosé depuis 2020 — et le seul levier qui change vraiment quelque chose

Panier d'épicerie et facture qui grimpe

Depuis 2020, le panier d'épicerie a pris environ 30 %. La vraie question : qu'est-ce qui dépend encore de toi?

En bref — On répète que la PCU a « dévalué » notre argent et fait exploser l'épicerie. La Banque du Canada dit le contraire : la flambée post-COVID tient surtout à des chaînes d'approvisionnement brisées et à un rebond brutal de la demande, amplifiés par la guerre en Ukraine. Résultat : un sommet d'inflation à 8,1 % en juin 2022 et des aliments environ 30 % plus chers qu'en 2020. Mais une fois la cause comprise, le seul levier qui change vraiment ton budget n'est ni le rabais ni l'app : c'est ce que tu jettes — jusqu'à 1 300 $ par année.

8,1 %Sommet de l'inflation(juin 2022) 83 G$Versés en PCU(~9 M de personnes) ≈30 %Prix des alimentsdepuis 2020 17 572 $Bouffe, famille de 4(prévu en 2026)

D'où vient vraiment la flambée (et pourquoi ce n'est pas la PCU)

Deux explications circulent. La première : un gros ralentissement suivi d'un rattrapage. La deuxième, plus populaire : on a imprimé trop d'argent trop vite — la PCU en tête — donc le dollar a perdu de la valeur et ton pouvoir d'achat avec. La vraie réponse penche fortement vers la première, plus un choc d'offre mondial. La deuxième est en grande partie un mythe, et c'est la Banque du Canada elle-même qui le dit.

Au début de la pandémie, la consommation s'est déplacée des services (restos, voyages) vers les biens, pendant que les confinements bloquaient usines et ports. L'offre n'arrivait plus à suivre, les prix ont bondi, puis l'invasion de l'Ukraine en février 2022 a fait exploser l'énergie et les aliments [1]. La Banque reconnaît qu'à elle seule, sa politique monétaire aurait eu très peu d'effet sur ces forces mondiales [1].

Le coup de grâce contre l'hypothèse « trop d'argent » : sur trois décennies, la corrélation entre la croissance de la masse monétaire et l'inflation est très faible, et la Banque attribue la montée de 2021 surtout à des problèmes d'offre [2]. Statistique Canada va plus loin : au sommet de 2022, parmi les produits qui montaient, 55 à 56 le faisaient à cause d'un choc d'offre, contre seulement 9 à 11 attribuables à une demande globale excédentaire [3].

Ça ne veut pas dire que l'argent n'a rien fait. La Banque a racheté plus de 180 G$ d'obligations fédérales dès mars 2020, a planché son taux à 0,25 %, et Ottawa a injecté massivement — l'Agence du revenu a versé 83,4 G$ de PCU à environ 9 millions de personnes [6][7]. Tout cet argent a bel et bien gonflé la demande. Mais le mécanisme dominant reste le même : trop d'argent courait après trop peu de biens, à un moment où les biens manquaient pour vrai. Le dollar n'a pas « fondu » à cause de la PCU; les prix ont monté parce que l'offre était cassée.

2020 — Confinement et stimulusPCU (83 G$), taux à 0,25 %, rachats d'obligations (180 G$+). IPC moyen : +0,7 %. 2021 — RéouvertureDemande refoulée + chaînes d'approvisionnement bloquées. IPC moyen : +3,4 %. Février 2022 — Guerre en UkraineL'énergie et les aliments s'envolent à l'échelle mondiale. Juin 2022 — Le sommetIPC à 8,1 % sur un an : du jamais-vu en 40 ans. 2023-2025 — DésinflationLes taux montent, l'inflation ralentit. Mais les prix, eux, restent ~30 % plus hauts.

Le coût réel dans ton panier

L'IPC raconte la mécanique froide : +0,7 % en 2020, +3,4 % en 2021, +6,8 % en 2022 [5]. Pour les aliments précisément, la hausse moyenne a touché 8,9 % en 2022 [5], et sur cinq ans le panier d'épicerie est environ 30 % plus cher. L'exemple le plus criant, c'est la viande : un kilo de bœuf haché est passé d'environ 10,64 $ à l'été 2022 à 14,78 $ en juillet 2025, soit près de 39 % de plus en trois ans [9].

Voici où ça se situe aujourd'hui, prix moyens au détail (certains aliments sont nettement moins chers au Québec qu'ailleurs au pays) :

Aliment

Prix

Bœuf haché (1 kg)

14,78 $ — record [9]

Poulet entier (1 kg)

5,33 $ au QC / 6,58 $ au pays [10]

Œufs (1 douzaine)

3,36 $ au QC / 4,36 $ au pays [10]

Pain blanc (675 g)

3,70 $ [10]

Beurre d'arachide (1 kg)

5,24 $ au QC [10]

Café moulu (340 g)

à partir de 5,92 $ [10]

Devenir végétarien : plus cher ou moins cher? Ça dépend

La ligne de fracture n'est pas viande contre légumes — c'est transformé contre brut. Une galette « sans viande » se vend 6,23 $ pour 226 g [10], soit environ 27,60 $ le kilo : deux fois le prix du bœuf haché. Le faux steak coûte plus cher que le vrai. À l'inverse, des lentilles ou des pois chiches secs tournent autour de 3 à 4 $ le kilo et donnent une montagne de portions. Manger végé peut couper la facture de moitié… ou la doubler, selon que tu cuisines des légumineuses ou que tu achètes des substituts emballés.

Les pièges qui transforment un repas ordinaire en repas de riche

La livraison

Se faire livrer un repas de resto coûte en moyenne 36 % de plus qu'aller le chercher soi-même, et 57 % de plus une fois le pourboire au livreur inclus. Pire : les restaurants gonflent en moyenne leurs prix de 9,5 % sur les applications, sans que ce soit indiqué — un pad thaï à 11,58 $ au comptoir s'affiche à 13,38 $ sur Uber Eats ou DoorDash [11]. Et pour l'épicerie livrée, c'est une autre ligue : une facture de 38 $ peut grimper à 82 $, une majoration de 116 %, dont 44 $ de prime de service [12].

Le prêt-à-cuisiner

Les boîtes Cook it, HelloFresh ou Goodfood règlent un vrai problème : tout est pré-mesuré, donc le gaspillage est quasi nul. Sauf que ça se paie. La portion tourne entre 10 et 12 $, livraison incluse, soit autour de 165 à 176 $ pour seize portions (quatre repas pour quatre) [13]. Un repas équivalent cuisiné avec des ingrédients d'épicerie revient plutôt à 3-5 $ la portion. Tu élimines le gaspillage, mais tu paies deux à trois fois le prix de l'assiette.

Coût par portion d'un repas — trois façons de faire ~4 $Cuisiné maisonGaspillage : élevé si mal géré ~11 $Prêt-à-cuisinerGaspillage : quasi nul ~21 $Resto livréPlat de 15 $ + frais + pourboire Ordres de grandeur. Le prêt-à-cuisiner achète la commodité et l'absence de gaspillage; la livraison, juste la commodité.

Le vrai bobo : le gaspillage

Voici le chiffre que personne ne met à côté de l'inflation. Un ménage canadien jette en moyenne pour environ 1 300 $ de nourriture comestible par année; au Québec, l'estimation tourne autour de 1 000 $ [14][15]. Compare avec la hausse prévue en 2026 : environ 995 $ de plus pour une famille de quatre [8]. Autrement dit, le montant que tu mets à la poubelle est aussi gros — souvent plus gros — que la hausse que tu subis.

Hausse de ta facture en 2026995 $Ce que tu jettes chaque année~1 000 à 1 300 $

L'inflation alimentaire, tu ne la contrôles pas : ni le prix du bœuf, ni le climat, ni les tarifs douaniers. Le gaspillage, lui, dépend à 100 % de toi. Planifier les repas autour de ce qui périme en premier, cuisiner les restants, comprendre que la date « meilleur avant » n'est pas une date de péremption — ces gestes plates récupèrent plus d'argent que n'importe quel rabais ou n'importe quelle app. Si on gérait mieux notre frigo, l'inflation ne mordrait presque plus.

Ce que ça veut dire pour ton portefeuille

Pour un propriétaire ou un investisseur, la leçon n'est pas de courir après le rabais de la semaine, mais d'identifier où l'argent fuit pour rien : le gaspillage, les substituts transformés, les intermédiaires de livraison. Chaque dollar récupéré sur des dépenses courantes est un dollar qui reste disponible pour le reste — et, à l'échelle d'un budget annuel, on parle d'un montant comparable à une hausse de loyer ou de taxes. La bonne nouvelle, c'est que c'est le seul poste de ton budget bouffe sur lequel tu as un contrôle total.

Simon Perras, chroniqueur indépendant

Sources

  1. Banque du Canada — « Comprendre les causes de la forte inflation » (2023).

  2. Banque du Canada — « Des politiques exceptionnelles dans un contexte exceptionnel : de l'assouplissement quantitatif au resserrement quantitatif » (2024).

  3. Statistique Canada — « L'inflation élevée au Canada en 2022 : inflation par la demande ou inflation par l'offre? » (2024).

  4. Statistique Canada — Le Quotidien, « Indice des prix à la consommation, juin 2022 » (8,1 %).

  5. Statistique Canada — Le Quotidien, « IPC : revue annuelle 2022 » (moyennes 0,7 / 3,4 / 6,8 %; aliments +8,9 %).

  6. Banque du Canada — « Le fonctionnement de l'assouplissement quantitatif » (2020) : 180 G$ d'obligations.

  7. La Presse — « Ottawa veut recouvrer 3,2 milliards versés en trop » (2022) : PCU 83,4 G$ à ~9 M de personnes.

  8. Université Dalhousie et al. — Rapport sur les prix alimentaires au Canada 2026 : 17 572 $ / +995 $ / +4 à 6 %.

  9. La Presse — « Manger du bœuf, mais à quel prix? » (2025) : bœuf haché 10,64 $ → 14,78 $/kg.

  10. Statistique Canada — Tableau 18-10-0245, prix de détail moyens (œufs, poulet, pain, beurre d'arachide, café, galette sans viande).

  11. Le Devoir — enquête sur la livraison de repas (2022) : +36 % / +57 %; majoration de 9,5 % sur les apps.

  12. La Presse — « Uber Eats : la facture d'épicerie passe de 38 $ à 82 $ » (2025) : +116 %.

  13. Milesopedia / Noovo / La Presse — comparatifs prêt-à-cuisiner Cook it, HelloFresh, Goodfood : 10-12 $/portion.

  14. RECYC-QUÉBEC / Conseil national zéro déchet — gaspillage des ménages canadiens (~1 300 $/an).

  15. Sauve ta bouffe — gaspillage des ménages québécois (~1 000 $/an).


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