À l'automne 2026, les Sherbrookois éliront un nouveau ou une nouvelle députée à l'Assemblée nationale. Et pour la première fois depuis longtemps, la course est grande ouverte : la sortante ne se représente pas, le rapport de force a basculé, et les noms se bousculent en coulisses. Tour d'horizon d'une circonscription devenue imprévisible — sans pronostic, juste l'état du terrain.
Le point de départ : un siège qui se libère
La députée de Sherbrooke, Christine Labrie (Québec solidaire), élue en 2018 et réélue en 2022, a annoncé qu'elle ne sollicitera pas de troisième mandat [1]. Son départ retire de l'équation la candidate la plus solidement implantée localement — celle qui, en 2022, avait raflé près de 42 % des voix.
Le contexte qui change tout : la vague PQ
Depuis, le rapport de force québécois s'est déplacé. Le Parti québécois est en tête des intentions de vote, au point qu'un chroniqueur de la région écrivait en janvier que, si des élections avaient lieu « ces jours-ci, toute l'Estrie pourrait virer PQ » [1]. Dans une circonscription sans sortant, ce vent change la nature de la course : ce qui était une forteresse solidaire devient un terrain à reconquérir pour tout le monde.
Les forces en présence
Quatre cases à surveiller, à ce stade-ci :
Le facteur Beaudin
C'est le nom qui fait jaser. L'ex-mairesse de Sherbrooke Évelyne Beaudin, indépendantiste de longue date — cofondatrice d'Option nationale, pour qui elle s'était présentée dès 2012 —, a ouvert la porte à un saut en politique québécoise et montré de l'intérêt envers le PQ. Mais en novembre 2025, elle précisait n'avoir aucun engagement, ne pas avoir été approchée officiellement, et qu'il n'y avait pas de discussions formelles [2]. À ce jour, sa candidature relève donc de la rumeur, pas du fait accompli — un chroniqueur régional insistait d'ailleurs sur ce mot [1].
Et même la rumeur ne fait pas l'unanimité dans son propre camp potentiel. Yves Bérubé-Lauzière, président de l'exécutif péquiste local et lui-même aspirant candidat, a publiquement émis des réserves, évoquant des « squelettes dans le placard » et un mandat municipal qui, selon lui, « n'a pas été de tout repos » [3]. Traduction : si Beaudin se lançait, rien ne garantit un couronnement — il pourrait y avoir une véritable course à l'investiture.
Les deux lectures d'une candidature Beaudin
L'atout : notoriété immédiate, réputation provinciale solide, conviction souverainiste ancienne — exactement le profil de tête d'affiche que les partis recherchent quand ils sont en avance.
Le risque : un seul mandat à la mairie, marqué par un climat tendu, un départ anticipé de la vie municipale, et des détracteurs bien réels à Sherbrooke même. De quoi diviser, autant que rassembler.
Ce qu'il faut surveiller d'ici l'automne
Trois jalons diront où va vraiment cette circonscription : qui chaque parti désignera (et s'il y a des courses à l'investiture, notamment au PQ), qui QS choisira pour défendre l'héritage de Labrie, et si la vague péquiste tiendra jusqu'au vote — les dernières élections fédérales ont rappelé à quelle vitesse les tendances se retournent [1].
Une chose est sûre : pour la première fois depuis des années, Sherbrooke n'appartient à personne d'avance. Le reste s'écrira sur le terrain. On suivra ça de près.
[1] La Tribune, chronique de Mickaël Bergeron, « Cinq dossiers politiques à surveiller en Estrie en 2026 », 5 janvier 2026. [2] La Presse, « L'ex-mairesse de Sherbrooke montre un intérêt pour le PQ », 14 novembre 2025. [3] FM 107,7 / propos d'Yves Bérubé-Lauzière, 20 novembre 2025. Résultats de 2022 : Élections Québec / Wikipédia (circonscription de Sherbrooke).
