- La demande — un couple de Rock Forest réclame l'abaissement de 70 à 50 km/h sur le boulevard Bourque, jugé dangereux pour les piétons et cyclistes.
- La nature de l'axe — Bourque, c'est la route 112 : la principale artère commerciale de Sherbrooke, multi-voies, à 70 km/h, bordée de commerces et de stationnements.
- Pas une rue de quartier — à l'intersection Mi-Vallon, aucune maison en première ligne; la politique municipale du 40 km/h vise les rues résidentielles, pas cet axe.
- Régime mixte — selon le tronçon, Bourque relève de la Ville ou du ministère des Transports; le conseiller évoque lui-même une possible dérogation à Québec.
- Peu de demandes — le conseiller de Rock Forest affirme que peu de citoyens réclament l'abaissement à ce jour, et suggère au couple de redéposer une requête formelle.
Un couple de Rock Forest réclame depuis 2022 qu'on ralentisse le boulevard Bourque. Leur préoccupation est légitime : le secteur s'est densifié, on y marche et on y roule à vélo davantage. Mais avant de conclure que « la Ville n'écoute pas », il faut regarder ce qu'est vraiment Bourque. Ce n'est pas une rue de quartier qu'on aurait oublié d'apaiser. C'est la route 112, l'artère commerciale de Sherbrooke, roulant à 70 km/h. Et ça change tout au dossier.
Un boulevard devenu centre-ville
Les citoyens qui portent la demande habitent le secteur depuis plus de deux décennies. Ils ont vu le quartier changer : nouvelles constructions, commerces de proximité, une résidence pour aînés sur la rue des Haut-Bois Nord. Dans leurs mots, le cœur de Rock Forest se trouve désormais sur Bourque, surtout entre le boulevard du Mi-Vallon et la rue du Président-Kennedy. Ce n'est plus juste un axe de circulation, plaident-ils, c'est un centre-ville.
La préoccupation de sécurité n'a rien de farfelu : traverser une artère large à plusieurs voies, à pied ou à vélo, comporte un risque réel. Mais il faut noter ce que le reportage précise aussi : à ce jour, peu de citoyens réclament cet abaissement, selon le conseiller du district. On parle essentiellement d'un couple, pas d'un mouvement de quartier.
Rue locale n'est pas artère — et Bourque, c'est la 112
Sherbrooke a adopté une politique de sécurité routière qui abaisse la limite de 50 à 40 km/h dans les rues locales, avec 30 km/h devant les parcs, un déploiement étalé de 2026 à 2028. Ce cadre vise les rues résidentielles. Bourque n'en est pas une, et son cas n'a rien à voir avec ce débat : le boulevard roule aujourd'hui à 70 km/h, une vitesse d'artère.
Car Bourque, c'est la route 112 : la principale artère commerciale de Sherbrooke, qui traverse les anciens secteurs de Deauville et de Rock Forest. À l'intersection du Mi-Vallon, on ne trouve pas de maisons en première ligne, mais des commerces, de grands stationnements et une chaussée à plusieurs voies dans chaque direction. C'est un axe conçu pour absorber le transit et desservir le pôle commercial du secteur. Les autoroutes 10, 55 et 410 permettent de contourner une partie de Sherbrooke, mais pas de remplacer Bourque comme colonne vertébrale de Rock Forest.
Le coin Bourque / Mi-Vallon : la route 112, plusieurs voies, aucune maison en première ligne.
Ralentir un tel axe à 50 km/h, ce n'est pas ajuster une rue de quartier : c'est modifier la fonction même d'une artère de transit. La demande est défendable, mais elle se heurte à ce que la route est censée faire — faire circuler du volume, pas apaiser un milieu de vie.
route 112
sur Bourque
politique 2026-2028
Qui décide, au juste
Le boulevard n'obéit pas non plus à un seul propriétaire. En mai 2026, la Ville de Sherbrooke a récupéré du ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) cinq tronçons routiers en zone urbaine, dont l'un se raccorde à ce que les documents municipaux appellent le tronçon municipal du boulevard Bourque. Autrement dit, une partie de Bourque est de compétence municipale, une autre relève de Québec, comme le signale d'ailleurs le badge de la route 112 sur la chaussée.
Le conseiller du district de Rock Forest, François-Olivier Desmarais, ne dit pas autre chose. Il évoque la possibilité de demander une dérogation au MTMD, mentionne des pistes soulevées par des citoyens comme le blocage de certains virages à droite, et rappelle qu'une requête citoyenne exige cinq signatures, une étude terrain et une consultation des élus. Il cite en exemple la rue Mondor, où une traverse piétonne et des marquages ont été ajoutés après une demande. Bref, il y a un chemin — mais il passe par une étude et, selon le tronçon, par une entente avec le Ministère.
La vraie question à poser
Le nœud du dossier n'est pas « la Ville n'écoute pas ». C'est que Bourque est une artère commerciale provinciale roulant à 70 km/h, pas une rue résidentielle qu'on aurait oublié d'apaiser. La demande d'abaissement est légitime sur le plan de la sécurité, mais elle revient à repenser la fonction d'un axe de transit — ce qui ne se décide pas sur une pétition, mais sur une étude, et en composant avec Québec.
La question utile à poser au conseil n'est donc pas « pourquoi refusez-vous », mais : sur quel tronçon précis, selon quelle étude de débit et d'accidents, et avec quelle démarche auprès du MTMD la Ville entend-elle traiter le cas de Bourque ? C'est à cette hauteur-là que le dossier mérite d'être discuté.
Sources
[1] Radio-Canada — « Boulevard Bourque : des citoyens réclament une vitesse de 50 km/h » — 3 juillet 2026
[2] Le Sherbrooke — « Sherbrooke reprend la gestion de cinq tronçons routiers en zone urbaine » — mai 2026
[3] Le Sherbrooke — « Vitesse dans les rues locales : Sherbrooke passe au 40 km/h » — septembre 2025
[4] Ministère des Transports et de la Mobilité durable — Route 112 (Estrie)
