- La nomination — Gaétan Drouin obtient officiellement le poste de directeur général de la Ville de Sherbrooke. Il entre en fonction le 13 juillet 2026 (La Tribune, 8 juillet).
- Troisième DG en cinq ans — Après Daniel Picard (2018-2021) et Éric Sévigny (2022-2026), la Ville puise cette fois à l'interne, dans un contexte d'hémorragie : trois départs majeurs à la haute direction depuis février 2026.
- Un profil maison — Pompier de carrière, directeur du Service de sécurité incendie de Sherbrooke de 2008 à 2014, coordonnateur des mesures d'urgence pendant la tragédie de Lac-Mégantic en 2013, deux passages comme DGA et un intérim à la direction générale déjà dans le CV.
- Le choix de la stabilité — Zéro courbe d'apprentissage, en pleine année de dépôt du plan d'urbanisme. Le conseil prend le gars qui connaît la baraque par cœur.
- La question qui reste — Toute sa carrière, Drouin a été le second. Excellent second, mais second. Le premier pupitre, c'est un autre métier.
Il y a des nominations qui surprennent et d'autres qui s'imposent d'elles-mêmes. Celle de Gaétan Drouin à la direction générale de Sherbrooke, confirmée ce 8 juillet et effective dès le 13, appartient à la deuxième catégorie. Quand une organisation perd son directeur général, une directrice générale adjointe et son directeur du développement économique en l'espace de quatre mois, elle a deux options : lancer une chasse de têtes coûteuse et incertaine, ou se tourner vers celui qui tient déjà le fort. Le conseil a choisi la deuxième. Reste à savoir si le meilleur second violon de la Ville fera un bon chef d'orchestre.
Un pompier avant tout
Gaétan Drouin n'est pas un produit des écoles d'administration publique parachuté dans le monde municipal. C'est un gars de sécurité incendie. Avant Sherbrooke, il est passé par le service incendie de Saint-Constant. De 2008 à 2014, il dirige le Service de protection contre les incendies de Sherbrooke, où il pilote notamment le dossier du schéma de couverture de risques.
C'est aussi lui qui agit comme coordonnateur des mesures d'urgence lors de la tragédie de Lac-Mégantic, à l'été 2013. On peut dire bien des choses d'un gestionnaire, mais celui qui a coordonné des mesures d'urgence dans le pire désastre ferroviaire de l'histoire canadienne récente a vu ce que le mot « crise » veut vraiment dire. Ça forge un certain rapport au calme.
Le vétéran aux trois retours
Son parcours à l'hôtel de ville ressemble à une porte tournante — mais une porte qui tourne toujours dans le bon sens pour lui. Premier passage comme directeur général adjoint de 2014 à 2016. Départ pour Lévis, où il dirige d'abord le service de sécurité incendie fraîchement regroupé, avant de remonter au poste de DGA deux ans plus tard.
Détail savoureux que la Ville aimerait peut-être oublier : à son départ en 2016, Sherbrooke avait carrément aboli son poste de DGA — Optimisation et sécurité publique, répartissant ses tâches entre les autres cadres pour économiser environ 59 000 $ par année. Autrement dit, l'organisation avait jugé qu'elle pouvait se passer de sa fonction. Dix ans plus tard, elle lui confie toute la boutique. Les organisations ont la mémoire courte, mais parfois c'est à l'avantage de tout le monde.
Retour au bercail en septembre 2021, de nouveau comme DGA. À son arrivée, les élus de l'époque le décrivent comme un gestionnaire passionné, rassembleur et ouvert au changement. L'accueil est chaleureux. Il ne le sait pas encore, mais il va devoir livrer presque immédiatement.
Le bon coup : l'intérim de 2021-2022
À peine deux mois après son retour, le directeur général Daniel Picard part en congé de maladie pour une durée indéterminée. Drouin hérite de l'intérim, en pleine transition post-électorale, avec une nouvelle mairesse, un conseil renouvelé et une direction générale à personnel réduit.
Le bilan que les élus en tirent à l'été 2022 est sans ambiguïté : la présidente du conseil Danielle Berthold souligne un travail accompli dans des conditions loin d'être optimales, et la mairesse Évelyne Beaudin juge la tâche accomplie « d'une main de maître ». Quand Éric Sévigny est embauché en juillet 2022, Drouin retourne dans l'ombre sans faire de vagues. C'est peut-être ça, son vrai bon coup : avoir dirigé la Ville pendant huit mois, puis avoir redonné les clés sans amertume apparente.
En avril 2026, au lendemain de la démission de Sévigny, la mairesse Marie-Claude Bibeau le décrivait, avec sa collègue Guylaine Boutin, comme un des piliers de l'organisation — extrêmement compétent, avec énormément d'expérience. Trois mois plus tard, le pilier devient la charpente.
Les moins bons coups : difficiles à isoler, et c'est justement ça le point
Chercher les échecs personnels de Gaétan Drouin, c'est frapper un mur méthodologique intéressant : il a passé l'essentiel de sa carrière municipale comme numéro deux. Le second violon ne signe pas les partitions. Il exécute, il soutient, il conseille — mais l'imputabilité première appartient toujours à quelqu'un d'autre.
On peut quand même noter les dossiers chauds qui ont traversé sa direction générale adjointe. L'itinérance, d'abord, qu'il qualifiait lui-même en septembre 2023 de « catastrophe » et « d'échec de société » devant le conseil. Le dénombrement de 2022 montrait un bond d'environ 50 % des personnes en situation d'itinérance en Estrie depuis 2018. Un plan d'action a été déposé, des équipes envoyées sur le terrain — mais le phénomène, lui, n'a pas reculé. Est-ce un échec de Drouin? Non. Est-ce un dossier qui atterrit maintenant directement sur son bureau de DG, sans personne au-dessus de lui pour absorber le blâme? Absolument.
C'est ça, le vrai test qui l'attend. Sa réputation s'est bâtie sur la solidité en soutien et la fiabilité en intérim. Or un intérim, par définition, c'est de la gestion de maintien : on garde le navire à flot, on ne trace pas de nouveau cap. Diriger pour vrai — trancher, imposer une vision, porter seul les décisions impopulaires devant des milliers d'employés et un conseil — c'est un autre métier. Lui-même annonce ses couleurs en des termes prudents : il souhaite être un directeur général « accessible, à l'écoute et tourné vers les solutions ». C'est le vocabulaire d'un rassembleur, pas d'un réformateur. On verra si c'est ce que la situation exige.
Ce que cette nomination dit de la Ville
Au-delà de l'homme, le choix est révélateur. Sherbrooke sort d'une année où sa haute direction s'est vidée : Véronique Angers partie pour Gatineau en février, Éric Sévigny démissionnaire en avril — aujourd'hui candidat libéral dans Daniel-Johnson —, Philippe Cadieux recruté par Gatineau en mai. La Ville a même dû sortir Marie-Lise Côté, ex-DG de Lévis, de sa retraite pour boucher un trou à la direction générale adjointe.
Dans ce contexte, recruter à l'externe aurait signifié des mois de vacance, une prime salariale pour attirer un candidat de calibre, et le risque qu'un étranger à la maison mette un an à comprendre les dossiers — en pleine année de dépôt du plan d'urbanisme, le premier depuis les fusions. Nommer Drouin, c'est acheter de la continuité au moment où l'organisation en manque cruellement. C'est un choix défensif. Rationnel, mais défensif. Et le délai en dit long : cinq jours entre l'annonce et l'entrée en fonction. On ne transitionne pas, on officialise.
Le second violon prend l'archet le 13 juillet. La salle est fébrile, l'orchestre est fatigué, et la partition — plan d'urbanisme, itinérance, finances — est chargée. On saura assez vite s'il fallait juste un chef fiable, ou s'il aurait fallu un virtuose.
[1] La Tribune — « Un nouveau directeur général nommé à la tête de Sherbrooke » — Charles Ferron — 8 juillet 2026
[2] La Tribune — « Retour au bercail pour Gaétan Drouin » — 7 juillet 2021
[3] La Tribune — « Le DG de la Ville de Sherbrooke sur la touche » — 3 décembre 2021
[4] La Tribune — « Sherbrooke à la recherche d'un nouveau directeur général » — 19 mai 2022
[5] La Tribune — « La Ville recrute son directeur général à Bromont » — 6 juillet 2022
[6] La Tribune — « La Ville abolit le poste de Gaétan Drouin » — 2016
[7] La Tribune — « Sherbrooke s'outille pour agir en itinérance » — 20 septembre 2023
[8] Radio-Canada — « Autre démission à la Ville de Sherbrooke : son directeur général annonce son départ » — 8 avril 2026
[9] Le Droit / La Tribune — « Sherbrooke subit une troisième perte majeure dans son administration » — 13 mai 2026
[10] Radio-Canada — « L'ancien directeur général de la Ville de Sherbrooke fait le saut en politique » — 29 juin 2026
