- La recommandation — Le CCU central recommande la démolition complète de la serre de 1947 et de la maison du jardinier au Domaine-Howard, dans les 12 mois suivant la décision du conseil municipal, qui doit encore trancher.
- Ce qui est rebâti : presque rien — Aucune reconstruction n'est prévue pour les deux bâtiments. La maison du jardinier devient des « jardins contemporains ». Seul le porche de la maison Alberta-May-Campbell sera reconstruit à l'identique, en 2028.
- Zéro chiffre en deux ans — Depuis le début de la démarche en 2024, aucun coût n'a été rendu public : ni pour les démolitions, ni pour la restauration de la serre victorienne et des pavillons, ni pour la relocalisation de la production horticole. Seul montant connu : 87 000 $ du ministère de la Culture — pour la programmation culturelle.
- Les fleurs de Sherbrooke n'ont plus de toit — Jusqu'en 2023, les serres du Domaine-Howard produisaient l'ensemble des végétaux des aménagements de la ville. Le plan directeur prévoit de relocaliser la production « sur un autre site » — lequel, à quel coût, personne ne le dit.
- La mécanique — Comme pour les HLM vides, l'entretien reporté pendant des décennies s'est transformé en facture de démolition. Une ex-mairesse l'avait elle-même nommé : des coûts « non budgétés », en série.
Les journaux ont couvert la recommandation du comité consultatif d'urbanisme : la serre de 1947 et la maison du jardinier du Domaine-Howard sont « irrécupérables » et doivent tomber. Nous n'allons pas répéter ce qui est déjà écrit. Les vraies questions commencent après le pic des démolisseurs : qu'est-ce qui sera rebâti, à quel prix, et surtout — où poussent maintenant les fleurs de Sherbrooke, elles qui venaient toutes de ces serres jusqu'en 2023? Après deux ans de démarche, de consultations et de plans, la réponse à ces trois questions tient en un mot : inconnu.
Le fait, en un paragraphe
Le 2 juillet, le CCU central a recommandé la démolition complète des deux bâtiments dans les 12 mois suivant la décision du conseil municipal, avec plantations et réaménagement dans les 18 mois. La serre de 1947 — construite en bois par la Ville, d'une qualité « inférieure aux standards » dès l'origine, condamnée depuis décembre 2023 parce qu'elle menace de s'effondrer — et la maison du jardinier, condamnée pour moisissures, disparaîtront si le conseil suit la recommandation. La mairesse Marie-Claude Bibeau, qui plaidait « à contrecœur » pour cette issue dès juin, les qualifie ce matin d'« irrécupérables ». Le conseil municipal doit encore voter. Voilà pour le fait. Passons à ce qu'il cache.
Le score : deux bâtiments disparaissent, un porche est reconstruit
| Élément | Sort | Coût public |
| Serre de 1947 | Démolition complète, aucune reconstruction | Inconnu |
| Maison du jardinier | Démolition complète, remplacée par des « jardins contemporains » | Inconnu |
| Porche Alberta-May-Campbell | Démontage soigné, reconstruction à l'identique en 2028 | Inconnu |
| Serre victorienne (1926) | Préservée et restaurée, vocation d'exposition | Inconnu |
| Trois pavillons patrimoniaux | À restaurer — plusieurs ne sont plus occupables | Inconnu |
| Production horticole municipale | Relocalisation « sur un autre site » non identifié | Inconnu |
La condition posée publiquement par l'ex-conseillère et présidente des Rendez-vous d'Howard, Chantal L'Espérance, était limpide : « Si on doit démolir, on reconstruit. Il n'est pas question de laisser un trou. » Elle craignait aussi un « jeu de dominos » sur le site si une première porte s'ouvrait à la démolition. La recommandation du CCU répond par des jardins « évoquant les maisons du jardinier ou la vocation horticole ». Une évocation n'est pas un bâtiment. Sur six éléments au tableau, un seul sera rebâti — un porche.
Deux ans de démarche, zéro dollar chiffré
Suivons la trace de l'argent. Ou plutôt : constatons qu'il n'y en a pas.
On note l'ironie du calendrier : les priorisations budgétaires étaient reportées « au début du prochain mandat » — nous y sommes, l'administration Bibeau est en poste depuis novembre — et la décision qui arrive en premier n'est pas un budget de restauration. C'est un permis de démolir.
Et les fleurs de Sherbrooke, elles poussent où maintenant?
C'est l'angle que personne n'a couvert. Les serres du Domaine-Howard ne sont pas que du patrimoine : c'est de l'infrastructure de production municipale. Jusqu'en 2023, l'ensemble des végétaux utilisés dans les aménagements de la ville — les plates-bandes, les fleurs, les fameuses mosaïcultures en 3D du Circuit Art et Mosaïques — sortait de ces serres. Les équipes d'horticulture de la Ville les utilisaient « à pleine capacité, voire en surcapacité » selon le bilan présenté aux élus en 2024.
Puis la serre de 1947 a été condamnée, en décembre 2023. Restent la serre victorienne — dont la vocation projetée est l'exposition et la diffusion culturelle, plus la production — et une serre « temporaire » aménagée en 2017, décrite comme vieillissante. Le Plan directeur tranche la question d'une phrase : « poursuivre la relocalisation de la majorité des activités de production horticole et des services opérationnels de la Ville sur un autre site. »
Quel site? Le document ne le dit pas. Construit ou loué? Pas dit. À quel coût? Pas dit. Et la question opérationnelle immédiate : depuis la condamnation de décembre 2023, la Ville a perdu une part majeure de sa capacité de production — alors qui produit les fleurs et les mosaïques de Sherbrooke depuis trois saisons, à l'interne dans des installations en surcapacité, ou à l'externe chez des producteurs privés, et à quel coût annuel comparé à la production interne historique? Ces chiffres existent dans les livres de la Ville. Ils n'ont jamais été rendus publics.
Remettre en état vs reconstruire : le calcul qu'on ne verra jamais
Soyons rigoureux sur un point : pour la serre de 1947, le débat restauration-démolition est probablement clos sur le mérite. Bâtiment de bois « banal fonctionnel », construit pour un usage « presque temporaire », qualité inférieure aux standards institutionnels dès l'origine, menace d'effondrement constatée par des ingénieurs — même la plus ardente défenseure du site reconnaissait l'insalubrité de la maison du jardinier. Ce billet ne plaide pas pour sauver des bâtiments condamnés.
Le calcul qui manque est ailleurs, et il est en trois morceaux. Un : le coût de l'entretien qui n'a pas été fait — des travaux ont pourtant eu lieu sur vingt ans à partir de 1998, insuffisants pour empêcher la condamnation. Deux : la facture totale du remplacement — démolir, réaménager, relocaliser la production, restaurer ce qui reste. Trois : la comparaison entre les deux. C'est le même calcul que personne ne montre pour les 91 HLM vides de l'OMHS : l'entretien reporté est une dette invisible, et elle se paie toujours — en logements vides d'un bord, en pics de démolition de l'autre. Une ville qui publierait ce calcul, ne serait-ce qu'une fois, sur un seul actif, changerait la conversation sur la gestion de son parc immobilier au complet.
Les questions à poser avant le vote du conseil
Le conseil municipal doit encore se prononcer sur les démolitions. Voici ce qu'un élu — ou un citoyen — devrait exiger avant de lever la main : le coût des deux démolitions et du réaménagement en jardins ; le budget et l'échéancier de restauration de la serre victorienne et des trois pavillons, dont plusieurs ne sont plus occupables ; le site, le coût et l'échéancier de la relocalisation de la production horticole ; et le coût annuel actuel d'approvisionnement en végétaux depuis la condamnation de 2023. Quatre questions, quatre chiffres qui existent quelque part dans les livres. Le Domaine-Howard est un legs — « Monsieur Howard nous a légué un Central Park », disait un conseiller au dépôt du plan directeur. Un legs, ça se gère avec des états financiers. Pas juste avec des pelles.
Sources
[1] Radio-Canada Estrie — « La démolition d'une serre et d'une maison recommandée au Domaine-Howard » — 2 juillet 2026
[2] La Tribune — « Domaine-Howard : deux bâtiments "irrécupérables" doivent être démolis selon Bibeau » — 4 juillet 2026
[3] La Tribune — « La démolition de deux bâtiments au Domaine-Howard de retour à l'étude » — 24 juin 2026
[4] La Tribune — « Un parc du Domaine Howard plus accueillant pour les marcheurs et cyclistes » (dépôt du Plan directeur) — 30 mai 2025
[5] La Tribune — « Une placette au cœur du Domaine Howard? » — 21 février 2025
[6] Radio-Canada Estrie — « Des possibles améliorations en vue au parc du Domaine-Howard » — 21 février 2025
[7] La Tribune — « Les Sherbrookois pressés de s'exprimer sur l'avenir du Domaine-Howard » — 7 septembre 2024
[8] La Tribune — « Le domaine Howard restera ludique, culturel, historique et… horticole » — 26 avril 2024
[9] Radio-Canada Estrie — « Qu'est-ce que l'avenir réserve aux installations du parc du Domaine-Howard? » — 25 avril 2024
[10] Sherbrooke.info — « Une nouvelle programmation pour le parc du Domaine-Howard » — 11 mai 2026
[11] Sherbrooke.info — « Le patrimoine du Domaine Howard est important aux yeux des citoyens » — 10 décembre 2024
