- Trois programmes + une surtaxe — Sherbrooke étudie une aide à la rénovation, une subvention aux loyers commerciaux et une surtaxe sur les locaux vacants au centre-ville.
- Le SDE pousse la surtaxe — son directeur, Philippe Cadieux, parle d'un « coût d'opportunité » : ne rien faire, c'est garantir que rien ne change.
- Un conseiller pointe ailleurs — Pierre Avard cible le stationnement comme une des causes principales des fermetures, et voudrait y mettre l'argent.
- Des bémols dans le conseil même — plusieurs élus craignent que subventionner les proprios gonfle les loyers et l'inflation du secteur.
- Le diagnostic n'est pas réglé — on s'apprête à punir un symptôme avant de s'entendre sur la maladie.
Il y a une logique séduisante derrière l'idée de surtaxer les locaux vacants : un local vide, c'est une vitrine morte, une dent creuse dans une rue qu'on essaie de faire vivre. Punir le propriétaire qui laisse pourrir son bien, ça sonne juste. Sauf qu'avant de taxer le symptôme, il faudrait s'entendre sur la cause — et c'est là que le plan de la Ville se met à boiter. Parce que dans la même salle où l'administration propose la surtaxe, un conseiller rappelle que le vrai frein du centre-ville est ailleurs.
Ce que la Ville propose
Pour s'attaquer aux locaux vacants du centre-ville, Sherbrooke étudie un ensemble de mesures : un programme d'aide à la rénovation des bâtiments et des locaux commerciaux, un programme de subvention aux loyers commerciaux, et une possible surtaxe sur les locaux commerciaux inoccupés. La Ville veut aussi réintroduire une mesure incitative pour stimuler le redéveloppement immobilier, inspirée d'un ancien programme de revitalisation. Le conseil devra se prononcer dans une séance subséquente.
Le directeur du Service de développement économique (SDE), Philippe Cadieux, défend l'approche au nom du « coût d'opportunité » : si on ne fait rien, il ne se passera rien. Sur la surtaxe précisément, il parle de cesser d'accepter collectivement les vitrines mortes, qui altèrent l'image du centre-ville et finissent par faire fuir d'autres partenaires. L'outil viserait, selon lui, les dossiers qui traînent en longueur et les propriétaires qui abandonnent leurs locaux.
Sur le papier, c'est cohérent. Le problème, c'est ce qui se dit dans la même discussion.
La contradiction : on taxe le vide, on cite le stationnement
Le conseiller Pierre Avard ne s'attaque pas aux propriétaires. Il cible le stationnement comme une des raisons principales des fermetures du secteur, et estime que l'argent de ces programmes servirait mieux à rendre le stationnement gratuit en tout temps au centre-ville. Son raisonnement est terre-à-terre : devant le choix entre un endroit où il faut payer pour se garer et un autre où c'est gratuit, le client tranche vite.
Voilà la fissure. D'un côté, l'administration veut pénaliser le local vide. De l'autre, un élu dit que le local se vide d'abord parce qu'on ne peut pas y accéder sans payer. Ce ne sont pas deux nuances d'un même diagnostic — ce sont deux diagnostics qui se contredisent. Et on s'apprête à voter le remède d'un seul avant d'avoir réglé le désaccord.
Ce que ça fait à un commerçant qui survit
Quand on regarde la revitalisation d'en bas — du trottoir, pas du plénier — la nuance n'est pas théorique. Le commerçant du centre-ville qui tient encore ne se demande pas si son voisin de local est « collaboratif ». Il se demande si le client va faire l'effort de venir, de se garer, de payer le parcomètre, pour entrer chez lui plutôt que d'aller dans un centre commercial avec stationnement gratuit en façade.
Et ce commerçant-là n'est pas le propriétaire de son local. La surtaxe vise le propriétaire; la facture, dans bien des cas, redescend par le loyer. Plusieurs conseillers l'ont d'ailleurs soulevé en séance : subventionner ou taxer les proprios risque de gonfler les coûts d'opération au centre-ville et d'alimenter l'inflation des loyers — exactement ce qui pousse déjà des commerces dehors. On peut vouloir aider le secteur et, par maladresse, le rendre plus cher à occuper.
Ce qui paraît bien vs ce qui marcherait
Une surtaxe, ça paraît bien. C'est lisible, c'est « ferme », ça donne l'impression d'agir contre les mauvais joueurs. C'est aussi le genre de mesure qui se vote facilement parce qu'elle ne coûte rien à la Ville et qu'elle désigne un coupable commode : le propriétaire absent.
Ce qui marcherait, c'est moins photogénique : régler l'accès et l'attractivité avant de punir l'occupation. Le stationnement n'est qu'une pièce, mais c'est celle que des élus eux-mêmes mettent sur la table. Tant qu'on ne tranche pas entre « le problème, c'est le proprio » et « le problème, c'est qu'on ne peut pas venir », chaque programme ajouté risque de soigner la jambe de bois pendant que la plaie reste ailleurs.
Dernière ironie, et elle boucle un fil déjà ouvert : ce dossier — programmes incitatifs, surtaxe, avenir de la rue Wellington — relève du comité d'étude sur la revitalisation du centre-ville, présidé par la mairesse et logé dans la nouvelle structure de gouvernance à huis clos. La rue la plus scrutée de la ville verra son avenir se
