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Neuf élus de Sherbrooke ont voté pour. Il en fallait dix.
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Neuf élus de Sherbrooke ont voté pour. Il en fallait dix.

7 min de lecture

  • Rejeté à 9 contre 6 — une majorité claire, mais pas assez pour ce type de vote.

  • La loi exige les deux tiers — sur un conseil de quinze, ça fait dix. Il en manquait une.

  • Aucune augmentation n'était proposée — 49 000 $ de base, quatre paliers, et la même enveloppe qu'avant.

  • La mairesse a voté pour — alors que son salaire était inchangé dans tous les scénarios.

Il y a des votes municipaux où gagner ne suffit pas. Le 15 septembre à Sherbrooke, une nette majorité d'élus a appuyé la refonte de sa propre paye. Le règlement est quand même tombé. Voici pourquoi, et ce que ça dit d'une règle que peu de gens connaissent.

Ce qui s'est passé mardi

Le projet de règlement portait le numéro 1318. Son objet : le traitement des membres du conseil et des conseils d'arrondissement.

Il figurait au point 16.2.2 de l'ordre du jour de la séance ordinaire n° 19, tenue à 19 h dans la salle 316 de l'hôtel de ville, au 191, rue du Palais. Sous la rubrique « Adoption de règlements ».

Neuf élus ont voté en faveur. Six ont voté contre.

Le règlement a été rejeté.

Pourquoi neuf ne gagne pas

Parce que la rémunération des élus n'est pas un vote comme les autres.

La Loi sur le traitement des élus municipaux exige que ce règlement soit adopté par les deux tiers des membres du conseil. Pas la moitié plus un.

Le conseil de Sherbrooke compte quinze membres : la mairesse et quatorze conseillères et conseillers. Deux conseillers d'arrondissement siègent à Lennoxville sans faire partie du conseil municipal.

Les deux tiers de quinze, c'est dix.

Il en manquait une.

Le vote du 15 septembre

9
ont voté
pour
10
seuil exigé
par la loi
6
ont voté
contre

Le seuil est calculé sur les quinze membres du conseil. Source : Loi sur le traitement des élus municipaux.

C'est quoi, une majorité des deux tiers?

Pour la plupart des décisions, un conseil municipal tranche à la majorité simple : une voix de plus que l'autre camp suffit. Sur quelques sujets, la loi hausse la barre et exige les deux tiers des membres. La rémunération des élus en fait partie.

L'effet est simple : à quinze membres, cinq opposants ne changent rien, puisqu'il reste dix voix pour. Le sixième fait tomber le pour à neuf, et le règlement avec.

Les six qui ont voté contre

Karine Godbout, conseillère municipale.

Pascale Larocque, conseillère municipale.

Fernanda Luz, Laure Letarte-Lavoie et Catherine Boileau, les trois élues de Sherbrooke Citoyen. Ce sont les mêmes qui avaient inscrit leur dissidence, le 7 juillet, sur la vente de terrain et les ententes d'électricité liées au projet de centre de données.

Et François-Olivier Desmarais, conseiller du district de Rock Forest, élu comme indépendant.

Les deux premiers noms et le bloc de Sherbrooke Citoyen ont été rapportés par La Tribune. Le sixième n'apparaît dans aucun compte rendu de presse. Il a fallu écouter la séance.

Ce que ça dit du bloc

Ce n'est pas un vote partisan.

Les trois élues de Sherbrooke Citoyen ont voté ensemble, comme en juillet sur le centre de données. Mais elles n'étaient pas seules, et il a fallu trois voix venues d'ailleurs pour faire tomber le règlement.

La mairesse a voté pour

Neuf plus six font quinze, soit tous les membres du conseil. Personne ne s'est abstenu.

C'est notable : un maire n'est pas tenu de voter, alors qu'un conseiller l'est, et plusieurs choisissent de ne se prononcer que lorsque leur voix départage.

Marie-Claude Bibeau s'est prononcée, et elle a voté pour.

Son propre salaire n'était pourtant pas en jeu. Il restait à 187 674,62 $ dans tous les scénarios du règlement.

Ce que le règlement proposait

Pas une hausse.

Le règlement ne prévoyait aucune augmentation salariale. Il redistribuait la même enveloppe.

La proposition fixait un salaire de base de 49 000 $ pour un conseiller, ajusté selon le niveau de responsabilité. La charge de travail était évaluée selon les comités où siège chaque élu. Chaque comité valait un certain nombre de points, et ces points situaient l'élu dans l'un de quatre paliers.

La grille proposée

Salaire de base d'un conseiller — 49 000 $

Palier le plus bas — environ 61 300 $

Palier le plus élevé — environ 95 200 $

Mairesse — 187 674,62 $, inchangé

Écart entre le bas et le haut de l'échelle, pour le même titre de conseiller : environ 33 900 $. Sources : La Tribune, Radio-Canada.

Autrement dit, le débat ne portait pas sur combien les élus gagnent au total. Il portait sur la répartition entre eux.

Les salaires avaient par ailleurs déjà été indexés de 2 % pour 2026.

Ce n'est pas la première fois

Le dossier traîne depuis deux ans.

En septembre 2024, la firme Gallagher Québec Rémunération inc. présentait au conseil un rapport comparant Sherbrooke à neuf municipalités : Gatineau, Laval, Saguenay, Trois-Rivières, Longueuil, Lévis, Terrebonne, Saint-Jean-sur-Richelieu et Drummondville.

Le rapport recommandait un salaire de base de 52 000 $ pour un conseiller, soit 7 100 $ de plus que ce qui se versait alors. Il suggérait aussi de porter la présidence à 12 825 $, une hausse de 4 162 $, et la participation aux commissions à 6 851 $, une hausse de 2 520 $. Le salaire du maire n'était pas recommandé à la hausse.

Au total, le rapport proposait d'augmenter la masse salariale de 19 %. Une hausse a été adoptée, puis suspendue l'année suivante.

Dans l'ancienne mécanique, chaque responsabilité était chiffrée séparément. La présidence du conseil municipal valait à elle seule une bonification de 17 431,73 $.

Deux ans plus tard, le conseil n'arrive toujours pas à s'entendre sur une redistribution à enveloppe constante.

Ce que les élus disent de l'exercice

La mairesse a expliqué en août que le principe de base était de conserver la même enveloppe, et qu'augmenter celle-ci n'avait même pas été envisagé. Elle a aussi souligné que le changement de modèle de gouvernance, qui a mené à la création des comités, a compliqué le calcul.

Après le rejet du 15 septembre, elle a dit avoir l'impression de tourner en rond, tous les modèles essayés depuis le début de l'année menant au même résultat.

La conseillère Geneviève La Roche, elle, avait dit publiquement son inconfort à devoir discuter de son propre salaire, tout en constatant que la loi force les élus à le faire.

Ce qui vient ensuite

Le comité sur la gouvernance reprend le dossier.

Le temps est compté. Pour que la rémunération de 2026 puisse être modifiée rétroactivement, une entente doit intervenir avant la fin de l'année, et il faut aussi prévoir le délai de diffusion d'un avis public. La Tribune situe l'échéance utile au 3 novembre.

Une règle, deux issues

Le 6 octobre, à une quarantaine de kilomètres de là, le conseil du Canton d'Orford votera son propre règlement de rémunération. La même loi s'applique : il lui faudra les deux tiers.

Orford compte sept élus. Les deux tiers, c'est cinq.

Les sept ont été élus par acclamation en novembre 2025.

Correctif — 24 septembre 2026

L'image d'en-tête de cet article a été corrigée sur deux points. La photo placée au-dessus du nom de Catherine Boileau était celle de Christelle Lefèvre, conseillère indépendante du district de Saint-Élie; Mme Lefèvre ne fait pas partie des six élus ayant voté contre le règlement n° 1318. Le prénom de François-Olivier Desmarais y était aussi mal orthographié, sans la cédille. Nos images d'en-tête sont produites avec Pollo.ai, un outil de génération d'images conçu en anglais, et des erreurs peuvent s'y glisser, notamment sur les caractères accentués. L'erreur de photo nous a été signalée sur Facebook. L'image a été remplacée; le texte de l'article est inchangé. Nous nous en excusons auprès des élues et élus concernés et de nos lecteurs.

Note de la rédaction : le nom du sixième opposant et le vote de la mairesse ont été relevés dans la webdiffusion de la séance du 15 septembre. Les autres noms et les montants proviennent de la couverture de presse, attribuée dans le texte. Notre façon de travailler est décrite dans À propos.

[1] Ville de Sherbrooke — Webdiffusion de la séance ordinaire n° 19 du 15 septembre 2026, point 16.2.2
[2] Ville de Sherbrooke — Ordre du jour, séance ordinaire n° 19 du 15 septembre 2026
[3] La Tribune — « Impasse sur la rémunération des élus sherbrookois », Olivier Lessard — 16 septembre 2026
[4] Radio-Canada — « Les élus de Sherbrooke rejettent la refonte salariale de leur propre rémunération » — 16 septembre 2026
[5] Ville de Sherbrooke — avis public, projet de règlement n° 1318
[6] Le Sherbrooke — « Les élus se doteront d'une nouvelle grille salariale » — août 2026
[7] Le Sherbrooke — « Salaire des élus : une augmentation est suggérée par une firme indépendante » — 16 septembre 2024
[8] Gouvernement du Québec — « Rémunération et dépenses des élus municipaux »
[9] Ville de Sherbrooke — communiqué d'assermentation du conseil municipal, mandat 2025-2029

À lire aussi

Le maire d'Orford gagnait 24 064 $ en 2019. Le conseil vote 71 900 $ le 6 octobre.
Le trou est de 7,6 millions sur trois ans. La hausse en rapporte six par année.
On leur a dit avant la séance qu'ils n'auraient pas de réponse


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